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11 octubre ATTENTION, LES VACANCES SONT NOCIVES POUR LA SANTE !Dimanche matin, pour la première fois de ma vie, je suis allé aux cours. En effet, comme je l’ai expliqué dans mon texte sur la Fête Nationale, le gouvernement accorde à cet occasion sept jours de congé, mais le week-end ne devant pas s’additionner aux jours de vacances, on coince la Semaine d’Or (c’est comme ça qu’on l’appelle) entre deux semaines de six jours, dont celle où nous sommes et qui commence le dimanche, pour les travailleurs comme pour les étudiants – vous suivez ? Pour le coup, beaucoup de mes tong xué (camarades de classe) avaient « oublié » de venir aux cours, pensant reprendre comme d’habitude le lundi, provoquant l’ire et le dépit de notre bonne Mme Yü… Pour manifester sa désapprobation, le ciel s’est syndiqué et a fait pleuvoir toute la journée (ah ! la troisième pluie depuis mon arrivée à Pékin !) tout en faisant baisser drastiquement le mercure, peut-être histoire de nous rappeler que nous aurons de nouvelles vacances pour le Nouvel An, c’est-à-dire dans quatre mois.
Je trouve ici l’occasion de répondre à un de mes lecteurs qui m’avait questionné il y a quelques jours sur la question du travail et du temps libre en Chine, au bas de mon texte intitulé « Promenade dominicale au centre de Pékin ». J’essayais d’expliquer en quoi, à la fois pour des raisons conjoncturelles, culturelles et idéologiques, la Chine moderne était une société du travail. Période de développement accéléré, de croissance gigantesque, exportations massives de tout et n’importe quoi, culture de l’effort et de la discipline, glorification du personnage du travailleur par l’imagerie communiste (et cela n’a pas tellement changé, comme je l’expliquerai dans un prochain texte), logique du sacrifice de l’individu pour la collectivité : autant d’éléments qui contribuent à faire de la Chine une usine géante. Pas très étonnant donc que les vacances y soient rares, et qu’on y travaille souvent le dimanche, voire la nuit.
Mais, comme on peut se l’imaginer, ce n’est pas toujours très enthousiasmant, et la logique des « générations sacrifiées » pour des lendemains qui chantent n’est pas toujours suffisante pour galvaniser les troupes et leur donner du cœur à l’ouvrage. Aussi, la propagande officielle se sert de tous les stratagèmes possibles pour maintenir la fièvre industrieuse à travers le pays. Et elle a plus d’un tour dans son sac : après avoir idéalisé et fait l’éloge du travail, pourquoi ne pas prendre le problème par l’autre bout et diaboliser le loisir ?
En pleine « rentrée » après les vacances d’octobre, on apprend donc dans les pages du Quotidien du Peuple, organe officiel du Parti (via la fameuse agence Xinhua) que sous l’influence néfaste des « longues vacances » (une semaine !) comme celles qui viennent de finir, le travailleur développe toute une série de maux physiques désagréables, son organisme est troublé, sa santé s’affaiblit, son rendement baisse…
Je vous cite un extrait de la dépêche parue lundi matin, c’est assez amusant. Ca vaut toujours la peine de feuilleter la presse étrangère, on tombe parfois sur des perles, et on apprend à découvrir des méthodes de communication et un traitement de l’information très différents de ceux de nos contrées.
Pour paraphraser la chanson de Norman Bethune, publiée sur ce blog il y a quelques jours, nous pourrions dire : « Médecin du peuple, il cherchait la cause de la maladie ; il l’a trouvée : c’est les vacances ! » Pour nous autres Occidentaux qui avons érigé (à grands renforts d’huile de coude, il est vrai) une société des loisirs basée sur la consommation massive du divertissement, toutes ces idées paraissent un peu étranges.
Il y aurait donc un « syndrome post-congé » ; cela ne signifie rien d’autre que le fait d’avoir congé n’est pas un état tout à fait normal, ce qui explique qu’il y ait des effets secondaires, voire – et c’est là tout le péril – une accoutumance. Veuillez donc respecter les limites fixées par votre médecin de famille et ne pas dépasser la dose prescrite, sans quoi votre réintégration dans la vie réelle risquerait d’être fortement compromise.
Fatigue, manque d'appétit et de concentration de l'esprit, dépression, irritabilité, mélancolie, sentiment de désespoir et de vide... On croirait lire les éléments du « vague des passions » si cher à Chateaubriand et à ses disciples romantiques ! Cela n’est pas sans faire penser non plus aux symptômes décrits par les médecins des XVIIIe et XIXe siècles au sujet d’un autre vice tout aussi honteux : la masturbation. Si je retrouve un de ces vieux traités de médecine sur le sujet, j’essaierai de mettre en ligne une de ces fameuses descriptions du « démon de l’onanisme », comme cela ressemble furieusement à ça !
Dans un prochain billet, je poursuivrai sur le thème du travail, et je tenterai d’expliquer pourquoi, dans la pratique, aucun des régimes communistes existants ou ayant existé n’a jamais pu être en mesure d’appliquer les idées de Marx sur le travail (ainsi que celles de son ami Paul Lafargue, le théoricien du droit à la paresse) ; c’est une question intéressante sur laquelle je réfléchis depuis assez longtemps et que j’aimerais vous faire partager. En attendant, n’hésitez pas à laisser vos commentaires sur cette remise au pas des forces vives de la nation ! Comentarios (2)Para agregar un comentario, inicia sesión con tu cuenta de Windows Live ID (si utilizas Hotmail, Messenger o Xbox LIVE, ya tienes una cuenta de Windows Live ID). Iniciar sesión ¿No tienes una cuenta de Windows Live ID? Regístrate
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