Profilo di David L'EpéeAu Coeur de l'EmpireFotoBlogElenchi Strumenti Guida

Blog


22 settembre

VISITE DE LA CITE INTERDITE

Discussion avec mon guide anglophone pendant la visite de la Cité Interdite :

-          Ah, you are French ! good ! Zidane… « A nous la victoire ! » [en français dans le texte]

-          Heu… Yes.

-          Ah, France ! « Et un, et deux, et trois zé-ro ! » [encore en français]

-          Heu… yes, but it’s an old story…

-          France ! France ! Champion of the World !

-          I am not French, i am Swiss…

-          Sweden ?

-          No, Swiss. Wode guo shi Ruishiguo.

-          Ah, Switzerland ! Beautiful country ! Roger Federer…

-          Heu… Speak me anithing about the Forbiden City, please…

petit jeu : sur une des photos, vous pourrez apercevoir un Chinois bailler de manière particulièrement expressive. Saurez-vous le retrouver ?...
 
21 settembre

UN SOUVENIR DE LA LONGUE MARCHE SUR LE WEB : POUR NE PAS OUBLIER LES HEROS D'HIER

 
Je viens de découvrir un site intéressant que je conseille à tous mes lecteurs chinois (car il n'est - malheureusement pour les autres - disponible que dans cette langue). Ce site, qui a déjà accueilli 4,6 millions de visiteurs depuis son ouverture en 2003, est une sorte de mémorial numérique dédiée à la Longue Marche et à ses héros. Il a été créé par des jeunes de la Ligue de la Jeunesse Communiste de Chine, dans le but, nous explique le site d'information China.org, de "constituer une véritable plate-forme pour les jeunes Chinois qui souhaitent commémorer les héros et découvrir l'esprit de la Longue Marche". Conçu à la fois comme un site historique, un lieu interactif (plus de 13'000 messages ont déjà été laissés par des internautes !) et une archive audiovisuelle, ce site, par sa richesse et son attractivité, constitue une référence dans le domaine.
 
 
Cette page présente des vidéos de reconstitution des événements ; je n'ai pas encore trouvé s'il était possible de les télécharger pour pouvoir les visionner hors du site, mais elles me paraissent dignes d'intérêt (visuellement, la qualité est très bonne) et elles constituent une première approche pour les Chinois qui voudraient réviser leurs bases d'histoire : http://www.china5000.org.cn/cz/yyzp.htm
 

CE QU’IL FAUT SAVOIR QUAND ON EST JOURNALISTE EN CHINE

Etre journaliste en Chine, comme envoyé spécial d’un média étranger, doit certainement être un travail passionnant ; mais il comporte aussi certains risques, et il est bon de savoir quelles sont les choses à faire et à ne pas faire, d’autant que les législations sur l’information en Chine sont en constant remodelage – allant plutôt, il faut le dire, vers un certain durcissement. Comment concilier l’envie de faire un reportage intéressant et celle de ne pas se retrouver en prison jusqu’à la fin de ses jours ? Tout est question de souplesse...

Le 10 septembre dernier, le gouvernement publiait un document extrêmement important intitulé « Mesures d’administration de la publication des nouvelles et informations en Chine par les agences de presse étrangères ». L’agence Reuters, directement concernée par ces nouvelles directives, présente ce document en ces termes :

« La Chine a présenté un règlement aux termes duquel les médias étrangers doivent désormais solliciter l'approbation de l'agence officielle Xinhua pour la diffusion d'informations, de photos et de graphiques en territoire chinois. Les nouvelles règles, annoncées par Xinhua avec effet immédiat, s'accompagnent d'une mise en garde contre les informations qui "mettent en péril la sécurité nationale". Elles permettent aussi à l'agence officielle de censurer des informations diffusées en Chine par les médias étrangers et de supprimer des textes jugés contraires aux lois du pays. En vertu de ce règlement, les informations, photos et graphiques étrangers ne peuvent être vendus en Chine que par l'intermédiaire d'agents approuvés par Xinhua.

Les autorisations octroyées aux agences de presse étrangères peuvent être suspendues ou révoquées si ces dernières enfreignent des règles concernant la publication de nouvelles contestables ou l'établissement direct de contacts avec des clients. Les nouvelles règles visent à "favoriser une diffusion saine et ordonnée de l'information", a indiqué l'agence officielle. »

Cette fameuse agence Xinhua (plus connue en Europe sous le nom de Chine Nouvelle), qui est l’agence de presse officielle du gouvernement, et qui fournissait jusqu’ici l’ensemble des médias chinois – à commencer par le Quotidien du Peuple, premier quotidien du pays – deviendra donc également le point de référence pour les médias étrangers. Toute information devra passer par elle et être validée pour pouvoir être publiée.

Xinhua revient sur ce document le lendemain de sa présentation par le gouvernement, et explique plus clairement quels sont les contenus qu’elle considérera comme irrecevables, donc impubliables, et auxquels elle refusera de donner son aval. Ces contenus sont ceux qui sont suspectés de :

– violer les principes fondamentaux définis dans la Constitution de la République populaire de Chine

– saboter la solidarité nationale, la souveraineté et l'intégrité nationale de la Chine

– compromettre la sécurité nationale, la réputation et les intérêts de la Chine

– violer les politiques religieuses ou prôner de mauvais cultes ou la superstition

– inciter la haine et la discrimination parmi les groupes ethniques, saboter leur union et empiéter sur leurs coutumes et usages, ou porter atteint à leur sentiment

– publier de fausses informations, perturber l'ordre économique et social de Chine ou saboter la stabilité sociale de Chine;

– propager l'obscénité et la violence, ou encourager les crimes

– humilier ou calomnier d'autres personnes, ou empiéter sur les droits et intérêts légitimes d'autres personnes

– porter atteinte aux règles morales de la société ou aux excellentes traditions culturelles de la nation chinoise

– comporter d'autres contenus interdits par les lois et les règlements administratifs chinois

La première impression qu’on a, en lisant ce règlement, c’est qu’il ne fait que codifier plus précisément et plus officiellement des règles de déontologie journalistique élémentaire auxquelles tout reporter devrait songer sans avoir la menace de sanctions derrière lui, et ce quel que soit le pays où il se trouve. En effet, le racisme, les appels au crime, le sabotage, les atteintes aux traditions, les obscénités, ou que sais-je encore, ont toujours figuré dans les impairs à ne pas commettre dans ce métier.

J’aimerais connaître les impressions de mes lecteurs sur le contenu de ce règlement et sur ce qu’ils pensent de cette reprise en main de l’information par les autorités. Qu’est-ce qui doit primer, selon vous, une totale liberté de la presse, ou le respect de certaines autorités de régulation permettant, comme le disent les auteurs du document, de « favoriser une diffusion saine et ordonnée de l’information » ?

Le débat est ouvert. Ici, du moins, vous n’aurez pas besoin de passer par Xinhua pour donner votre avis…

20 settembre

QUI ETAIT NORMAN BETHUNE ?

Henry Norman Bethune est né au Canada en 1890. Il fait des études de médecine et se spécialise en chirurgie thoracique. Il s'enrôle comme brancardier durant la Première Guerre mondiale. Il entre au Parti Communiste canadien en 1935. En 1936, au plus fort de la répression franquiste contre les républicains espagnols, il rejoint le peuple en lutte dans le maquis et participe, en tant que médecin, au grand combat antifasciste. Là, il met en place des unités mobiles de transfusion.

A la tête d’une équipe médicale de volontaires, il part pour la Chine en 1938, où la guerre contre l'occupant japonais fait rage, et devient chirurgien de l'Armée populaire. Il atteint Yenan, où Mao s’est retranché avec les résistants communistes, vers mars-avril et va peu après dans la région frontière du Chansi-Tchahar-Hopei. Animé d'un fervent esprit internationaliste et faisant preuve du plus grand dévouement et d'une totale abnégation, le camarade Béthune soigne, pendant près de deux ans, les malades et les blessés de la Ve Armée de Route, souvent au péril de sa vie. Il meurt le 12 novembre 1939 en Chine après avoir contracté une infection sanguine au cours d'une opération.

Le 21 décembre de la même année, Mao Zedong lui rend hommage dans un discours et appelle les communistes chinois à le prendre pour exemple. Bethune est enterré dans le mausolée consacré aux martyrs de l'hôpital qu'il a créé à Shijiazhuang, près de Pékin.

IL EST DEC0NSEILLE D'ALLER CUEILLIR DES CHAMPIGNONS DANS LES FORÊTS CHINOISES...

 
dépêche publiée ce matin par Xinhua :
 

Un villageois a été tué vendredi dernier par un tigre de Sibérie dans la province du Heilongjiang ( nord-est), alors qu'il cueillait des champignons dans une montagne, a confirmé mardi la police locale. La victime, âgée de 59 ans, était portée disparue depuis vendredi dernier, car il n'était pas rentré chez lui dans le village de Chaoyang du district de Sanchakou ce soir-là. Ses proches ont retrouvé son corps samedi et a informé la police de l'accident.

Cui Changsong, commissaire de police local, a précisé qu'on a trouvé des morceaux de fourrure et constaté des traces de patte. Ces éléments suggèrent que le tigre pesait 150 kg. Le gouvernement local a recommandé aux villageois de ne pas se risquer à cueillir des champignons dans les régions reculées.

19 settembre

LE CINEMA CHINOIS SE PENCHE SUR SON HISTOIRE

Le cinéma chinois, qui a repris vie ces dernières années sur la scène internationale avec des réalisateurs comme Ang Lee, Lou Ye ou Tsui Hark, est entré dans une nouvelle phase de maturation. Il semble aujourd’hui que les sujets historiques reviennent à la mode et servent à des productions pour le grand public. Rappeler l’histoire, en chantant la gloire des héros patriotiques et en flétrissant les ennemis, est également un moyen idéal d’insuffler dans les masses le patriotisme et l’esprit civique nécessaire à la bonne marche du pays. Ce mois-ci, on nous annonce deux réalisations : une superproduction sur le massacre de Nanjing (Nankin en français) et une série télévisée sur le docteur Norman Bethune.

Voici ce que nous apprend une dépêche de Chine Informations au sujet du premier film :

La Chine a décidé de travailler de concert avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour tourner un film sur le massacre de Nanjing, qui pourrait devenir un autre classique sur la Seconde Guerre mondiale après La Liste de Schindler qui avait remporté plusieurs Oscars. « Nous espérons faire de ce film un classique sur un massacre pendant la Seconde Guerre mondiale » a dit Gerald Green, producteur américain du film. Le film sera réalisé avant le 1er septembre 2007 et fera ses débuts en Chine avant le 13 décembre 2007 pour marquer le 60ème anniversaire du massacre de Nanjing. Il sera lancé sur le marché mondial au printemps 2008.

Avis aux âmes sensibles donc : mieux vaut s’abstenir d'aller voir ce film si la vue des charniers vous rebute. Car le massacre de Nanjing fut une boucherie atroce perpétrée en 1937 par les troupes japonaises pendant la guerre. Pillages, tortures, exécutions, supplices en tous genres, tels furent les sévices infligés durant des heures à la population civile, femmes et enfants compris. Un tiers des maisons furent brûlées, 20'000 femmes violées et 300'000 personnes tuées. Le plus odieux, c’est qu’il existe encore aujourd’hui des Japonais, dans les plus hautes sphères de l’Etat (sous la protection de M. Koyzumi, cela va sans dire) qui continuent de minimiser ce massacre ; ce sont les mêmes qui balaient sans regret cet événement des livres d’histoire pour les écoles. Le gouvernement allemand, lui, a su reconnaître les horreurs perpétrés par ses prédécesseurs et cela fait longtemps qu’il a demandé pardon aux victimes ; le gouvernement japonais, lui, n’a rien fait de tout cela, et le Premier Ministre continue chaque année d’aller honorer la tombe de criminels de guerre reconnus…

A l’attention de tous les blogueurs français déracinés à Pékin ou ailleurs et qui passent leur temps sur leurs blogs à fustiger le nationalisme chinois et ce qu’ils appellent le « racisme » anti-japonais : renseignez-vous un peu sur l’histoire avant de juger vos hôtes si légèrement, et demandez-vous franchement quelle serait votre attitude aujourd’hui à l’égard de vos anciens bourreaux si vous aviez connu un martyre semblable à celui du peuple chinois.

Passons maintenant au feuilleton télévisé :

Dans l'après-midi du 6 août, la conférence de presse sur la première diffusion de la série télévisée Norman Bethune  s'est tenue à Beijing. Ce feuilleton en vingt épisodes, qui a nécessité un an et quatre mois de travail, sera diffusé par la première chaîne de la télévision centrale de Chine à partir du 11 août. Il est d'ores et déjà encensé par la critique qui n'a pas manqué de louer ses qualités morales et artistiques. Ce feuilleton retrace les 49 années de la vie de Bethune, chirugien et humaniste d'origine canadienne, à travers un grand nombre de documents historiques inédits. Adapter pour le petit écran l'histoire de Norman Bethune (ou Bai Qiuen, nom sous lequel les Chinois le connaissent) est une manière de rendre hommage à ces hommes et femmes dont le dévouement à des causes humanitaires éveille en chacun des résonances profondes. Dans le feuilleton, ses remarques sur l'esprit d'abnégation, la conscience professionnelle, le sens des responsabilités donnent matière à réflexion à beaucoup de Chinois sur ce qu'un individu peut croire et faire pour édifier une société plus harmonieuse.

Yang Yang, réalisatrice de ce feuilleton, a dit : « Pourquoi la Chine, un pays millénaire, prend t-elle un étranger pour modèle ? Pourquoi, 66 ans après sa mort, est-on allé tourner une version télévisée de sa vie au Canada ? Peut-être tous les Canadiens ne pourront comprendre ce qui nous lie à Bethune. Mais les téléspectateurs ne pourront pas rester insensibles. Parce qu'ils auront en face d'eux un personnage vrai et riche. Pour les Chinois, Bethune était non seulement un grand médecin mais aussi un grand humaniste. En tant que médecin, il a sauvé la vie de milliers de personnes ; en tant qu'homme, il a combattu l'iniquité et la guerre. Et il a payé de sa vie ce dévouement ». Pour Yang Yang, le feuilleton rappelle le souvenir de l'humaniste et célèbre la noblesse de cœur.

Ce feuilleton ne sera vraisemblablement pas exporté à l’étranger. Je vais essayer à tout hasard de voir si je peux le capter depuis le petit téléviseur d’avant-guerre de ma chambre…

Demain, je vous ferai un petit rappel historique sur ce grand homme que fut Norman Bethune.

photos : feuilleton sur Norman Bethune

18 settembre

DE LA SUISSE AU JAPON : LE LONG PERIPLE D’UN AVENTURIER DE CHEZ NOUS

 
Nous inaugurons aujourd'hui notre feuilleton du lundi. Il s'agit du carnet de voyage de Noé Maeder, un de mes amis neuchâtelois, qui est parti il y a quelques temps pour le Japon, entamant un long voyage par voie de terre et de mer via la Russie. Parti dans une optique résolument aventurière, sans beaucoup d'argent et muni seulement d'un sac et d'une tente, il nous raconte son périple, entre voyages, escales, découvertes, contacts avec les populations, petits boulots pour pouvoir continuer la route, etc.
 
Je lui ai proposé de relayer ses aventures sur ce blog, à raison d'un texte par semaine, tous les lundis, et nous commençons dès aujourd'hui avec le récit de son voyage de la Suisse à la Russie.
 

Salut a tous.

Je vous écris actuellement depuis Moscou chez une famille où j’ai séjourné une semaine. Depuis la Suisse, j’ai fait du stop jusqu’à Stuttgart (respectivement: Neuchâtel - Bienne - Bâle - Freiburg et Stuttgart). J’ai dormi dans un aéroport puis dans un parc public une nuit, et j ai pris un bus rempli de Russes qui allait jusqu’à Moscou (trois jours et trois nuits dans le bus…). Pour me faire comprendre dans le trajet, j’ai dû malgré moi utiliser mes faibles connaissances d’allemand mais c’est plutôt bien allé. Comme je n arrivais pas vraiment a communiquer, j’ai profité du trajet pour apprendre les notions de base de la langue de Tolstoï.

Je suis ensuite arrivé a Moscou et après avoir pris le métro et avoir subi pas mal de problèmes en tant qu étranger, je suis arrivé chez les Khlebnikov. Dans la capitale, j’ai visité le Kremlin et l’église St Basile et suis allé dans un lieu commerçant communiste où ils ont construit d’énormes pavillons en marbre remplis de statues d’heureux prolétaires où se trouvent plein de petites boutiques. Anecdote sympathique : ce lieu a créé une grande ferveur pour le commerce et a accéléré la chute du régime alors qu’il avait été conçu par lui.

Ce week-end, je me suis rendu à la campagne avec ma famille d’accueil dans leur deuxième maison. C’était vraiment très paisible après le stress de la capitale. Au moins, là-bas, le sourire est permis. Demain matin, je vais prendre le transsibérien pour Irkoutsk – deux tiers de la Russie en seulement cinq jours de train... Le prix du billet est plus cher que ce que je l’avais prévu (120CHF) mais cela reste assez raisonnable étant donne le nombre de kilomètres. Pour me rassurer, je pense aux prix en Suisse…

J’aimerais pouvoir vous écrire plus mais ce serait un peu long. J’ai écris plein-plein-plein de tartines dans mon carnet de voyage et vous y aurez certainement droit à mon retour. Avec plein d’anecdotes croustillantes, notamment sur mes périples en Liter Ball, le sport national russe (je vous laisse deviner de quoi il s’agit).

Je vous dis donc a la prochaine news qui devrait certainement être rédigée au coeur de la Russie, tout près du Lac Baikal, le plus profond du monde.

 
pour écrire à Noé : noe.maeder@heidimail.com
 
Pour connaître la suite, revenez lundi prochain !
17 settembre

PETIT-DEJEUNER A LA FRANÇAISE

Ce dimanche matin, comme mon colocataire est parti pour une bonne demi-journée de sommeil après une nuit festive, j’ai la responsabilité de devoir m’occuper de sa copine qui est levée depuis déjà un moment et qui tourne comme une lionne en cage dans la chambre. Il ne veut pas la laisser sortir seule (il sort d’ailleurs sans elle le soir) car elle vient juste d’arriver en Chine depuis le Kazhakstan et elle ne sait pas un mot de chinois. Comme elle semble avoir faim, je lui propose de trouver un endroit pour prendre le petit-déjeuner.

Le réfectoire de l’Université étant déjà fermé, nous sortons en ville à la recherche d’un café où se sustenter. Ce n’est pas si facile qu’on pourrait le croire, même dans une métropole, car il semble que l’habitude de prendre son café sur une terrasse le matin, qui fait partie de nos mœurs, ne soit pas très usitée par les Chinois. Après un moment, nous trouvons quelque chose qui ressemble à un café : c’est une boulangerie attenante à un cybercafé qui permet de consommer sur place.

Tout, dans cette boulangerie, est français : le nom – Tous les Jours – ; les produits (croissants, baguettes, café) ; la musique de fond (Edith Piaf quand nous entrons) ; et la décoration, constituée de reproductions de vues parisiennes et de vieux ustensiles de cuisine français. Malheureusement, les prix aussi sont français… Les aliments sont vraiment chers, et je pense qu’il doit s’agir d’un café pour ceux qu’on appelle ici les « petits-bourgeois » (je ne me souviens plus du terme chinois), ces jeunes un peu snobs au fort pouvoir d’achat qui hantent les milieux culturels contemporains et s’entichent de tout ce qui est occidental. Je souris en pensant qu’un même type d’exotisme, mais de façon inversée, produit à peu près en Europe les mêmes comportements…

Mais les tenanciers de ce café ne semblent néanmoins pas connaître tout des mœurs françaises. En effet, au moment où une employée vient nous présenter une bouteille de champagne pour accompagner nos croissants, je dois lui expliquer que cette pratique n’est pas si courante que ça, même à Paris…

Au moment de partir, je me retourne vers les employées : je n’en suis pas sûr, mais j’ai comme l’impression qu’elles ont été débridées – une opération des paupières malheureusement très usitée par celles qui en ont les moyens et qui répond à certains canons de beauté occidentalisants. Serait-il possible qu’on les ait forcées à faire cette opération pour faire plus « françaises » ?...

 

LE CHOC DES CIVILISATIONS AURA-T-IL LIEU EN ASIE ?

 
une réflexion très intéressante d'Alain Rebours sur une définition non-géographique des termes d'Orient et d'Occident et sur les dangereux dispositifs offensifs qui se mettent en place en Asie avec le renforcement de l'alliance Japon-USA, au grand dam de la Chine - paru sur VoxNR :
 

La visite du Premier ministre japonais au temple de Yasukuni le 15 août a laissé la majorité des Français indifférents. Ce temple patriotique héberge les âmes de deux millions de japonais dont quatorze criminels de guerre. Il est bon de rappeler que ces derniers n’ont d’ailleurs été enregistrés en ces lieux qu’en 1978 alors que leur condamnation remontait à une trentaine d’années. Cela fut donc discrètement réalisé en connaissance de cause.

Ainsi, depuis sa nomination monsieur Koizumi, partisan du renforcement de l’alliance américaine et de la remilitarisation qui dans les faits existe déjà, se rend tous les ans en ces lieux depuis sa nomination et cela de manière officielle. Encore faut-il faire remarquer que cette année la date choisie correspond à celle de l’anniversaire de la fin de la guerre et réhabilite de facto les criminels en question. Il serait facile d’imaginer la réaction mondiale si dans un pays européen auquel je songe un dirigeant de même importance adoptait la même attitude un 8 mai… Evénement passé inaperçu aux yeux des français qu’il faut bien innocenter puisque les médias, fidèles à leurs habitudes, n’ont que peu évoqué l’affaire somme toute dérisoire à première vue. Il est des détails d’un passé dépassé qui comptent davantage que d’autres qui sont pourtant de la dernière actualité et qui, en conséquence, peuvent être une indication sur ce que sera peut être l’avenir. Le désintérêt très majoritaire des hommes de chaque pays pour tout ce qui se passe hors de chez eux, exception faite de ce que les gouvernants souhaitent faire savoir, constitue un phénomène emblématique d’une mondialisation que l’on a par trop tendance à considérer comme étant dans tous les domaines advenue.

On serait tenté, à tort, de croire que l’Asie est un tout homogène que l’on appelle l’Est. C’est la distinction classique entre Occident et Orient qui réapparaît. A nouveau à tort. Au même titre que Chavez et le Venezuela quoique situés à la verticale des Etats Unis ne sont pas d’Occident, le Japon, quoique situé en Asie et jaune racialement, est occidental. La géopolitique est donc bien autre chose que la géographie. Le fameux choc des civilisations qui opposerait l’Occident judéo-chrétien et libéral aux hordes arabo-musulmanes est lui aussi tout aussi navrant de simplisme intellectuel. On comprend dès lors mieux son succès auprès des masses.

Le choc des civilisations dont on va de plus en plus nous parler sachant que celui qui fait actuellement fureur n’existe pourtant pas, concernera l’Asie. Si la notion de péril jaune n’est pas récente et fût mise en sommeil suite au rapprochement sino-américain consécutif à une russophobie partagée par les deux pays, la disparition de l’empire soviétique et l’implantation américaine progressive dans nombre des ex-républiques vont permettre aujourd’hui de ressortir ce concept. Encore faudrait-il pour cela ne point faire référence à trop de chocs à venir sous peine de voir nos contemporains légitimement s’interroger, la naïveté ayant des limites. Le lecteur comprendra que ce n’est pas à moi d’aller fournir de l’aide à Washington afin de mieux faire passer la pilule aux terriens même si j’aurais bien des idées à leur proposer sur la question.

Les Etats-Unis sont évidemment présents dans l’archipel nippon où ils disposent pratiquement d’une centaine de bases et d’une demi-centaine de milliers d’hommes. Il va de soi que la présence des forces américaines, la militarisation et l’évocation d’un armement atomique ne fait pas l’unanimité. Il n’empêche que compte tenu de l’évolution depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, on ne peut que constater que ce pays qui à l’origine se devait d’être étranger à la chose militaire a particulièrement changé. Les Chinois et Coréens qui en sont bien davantage conscients que nous parce que directement concernés ont fort logiquement protesté. Pékin sait très bien que la présence américaine en Afghanistan comme en Irak ainsi que la volonté de Washington de décrédibiliser la Perse n’a pas pour enjeu la conquête de nouveau territoires mais plutôt d’une part de se rapprocher du far east, c’est à dire de l’Asie profonde et d’autre part de monopoliser les réserves pétrolières dont justement la Chine aura de plus en plus besoin et qui lui font défaut.

Ainsi donc Pékin voit s’amorcer à son encontre une strangulation progressive, côté ouest par une progression des forces américaines en terre d’islam et côté est par une agressivité croissante du Japon stimulée par les Etats Unis. Là se trouve le choc et pas ailleurs et il n’est pas lié à la civilisation. A moins évidemment de considérer la Chine comme un pays arabo-musulman…

16 settembre

ANTI-IMPERIALISME AMERICAIN : LA RESISTANCE S'ORGANISE

 
Une dépêche de l'AFP qui n'a pas de rapport direct avec la Chine mais qu'il fait plaisir de lire :
 

Le sommet des Non-alignés à La Havane s'est ouvert vendredi en l'absence de Fidel Castro, convalescent depuis une opération chirurgicale fin juillet, et sur un appel de son frère Raul et d'autres dirigeants des pays du sud à faire front contre l'unilatéralisme américain. Fidel Castro, âgé de 80 ans, a été élu par acclamation, pour trois ans, à la tête du mouvement des 118 pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, réunis sous la présidence de Raul.

Le chef de l'Etat cubain, qui n'est apparu que sur des photos et des images filmées depuis son opération, « ne présidera pas la délégation cubaine au sommet », confiée à Raul, numéro deux du régime, a annoncé le chef de la diplomatie Felipe Perez Roque, devant les quelque 55 chefs d'Etat et de gouvernement. « Les médecins ont insisté pour qu'il continue de se reposer », a expliqué M. Perez Roque, en précisant que « quand il sera pleinement en condition d'exercer ses fonctions, Fidel assumera la présidence » du MNA. Assurant que son frère avait « veillé à chaque détail des préparatifs » du sommet, Raul Castro, chef de l'Etat cubain par intérim depuis le 31 juillet, a appelé le mouvement, qui représente les deux tiers des Nations unies, à s'unir contre l' « unilatéralisme des Etats-Unis et de ses alliés ».

« Dénonçons l'hypocrisie du gouvernement des Etats-Unis qui, alors qu'il soutient Israël dans l'extension de son arsenal nucléaire, menace l'Iran pour l'empêcher d'utiliser pacifiquement l'énergie nucléaire », a-t-il poursuivi. « Nous savons tous qui soutient militairement et économiquement Israël » a-t-il ajouté. Raul Castro a appelé les Non-Alignés à défendre « le droit de nos pays à un usage pacifique de l'énergie nucléaire » et à lutter « pour un ordre international plus juste et équitable face au néolibéralisme et au consumérisme irrationnel des pays riches ».

Le MNA réunit à Cuba la plupart des ennemis irréductibles de Washington, dont la Corée du Nord, l'Iran, la Syrie, le Belarus, le Zimbabwe ou le Venezuela. Hugo Chavez, président du Venezuela, a relevé l'ironie de la présence, à 150 km des côtes américaines, des "bêtes noires" de Washington. Le Biélorusse Alexandre Loukachenko, qui préside aux yeux de Washington "la dernière dictature d'Europe", a pris la parole pour représenter ce continent, l'Iranien Mahmoud Ahmadinejad pour l'Asie, M. Chavez pour l'Amérique latine et le Sud-Africain Thabo Mbeki pour l'Afrique. M. Ahmadinejad a appelé ses pairs à « contrecarrer les tentatives visant à empêcher l'Iran de développer un programme nucléaire pacifique », un appel entendu, le MNA ayant déjà préparé une résolution dans ce sens. « Pourquoi les peuples du monde doivent-ils vivre sous la menace nucléaire des Etats-Unis ? » a-t-il lancé, avant de demander : « Qu'attend le Conseil de sécurité pour réagir à ces menaces ? »

Le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, hôte traditionnel du sommet, a souligné la nécessité de relancer le MNA et de réformer le Conseil de sécurité, après avoir rendu hommage à Fidel Castro. C'est la deuxième fois que Fidel Castro assume la présidence du mouvement, après celle exercée de 1979 à 1983, pendant la guerre froide qui a donné naissance au MNA, fondé à Belgrade en 1961 sous les auspices du maréchal Tito, de l'Indien Nehru et de l'Egyptien Nasser. Les travaux du sommet, entamés lundi, doivent s'achever samedi.

 

INTERNET : LE NETTOYAGE CONTINUE

 
Les autorités chinoises nous montrent une fois de plus qu'elles n'ont pas peur de prendre leurs responsabilités, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir. A quand un peu de nettoyage en Europe ?
 
dépêche parue aujourd'hui dans le Renmin Jibao :
 

Les autorités policières chinoises ont fermé plus de 320 sites web illégaux et pages Internet, et supprimé 15 000 articles sur Internet contenant des informations dangereuses entre le 6 et le 8 septembre. Un officiel du ministère de la Sécurité publique a indiqué que les sites fermés étaient ceux qui diffusaient des jeux ou qui vendaient des armes, des explosifs, des dispositifs d'écoute et des anesthésiques, ou encore qui organisaient des escroqueries et des vols en ligne. Il a ajouté que les autorités policières allaient intensifier leurs efforts pour purifier l'environnement Internet à l'avenir.

Le ministère de la Sécurité publique a lancé vendredi un site destiné aux citoyens qui pourront signaler les sites web dangereux et les informations Internet préjudiciables.

 
J'invite les expatriés francophones en Chine à participer eux aussi à cette opération civique en utilisant ce site et en signalant les sites francophones douteux (je pense particulièrement à la pornographie) auxquels il serait accidentellement possible d'accéder depuis ici.
15 settembre

« NOUS DEVONS TROUVER CETTE ORDURE ET LE VIRER DE CHINE ! »

Il n’est pas toujours facile d’être étranger en Chine, et même lorsque l’on cherche à s’intégrer et que tout semble bien aller, il suffit qu’un autre étranger fasse des siennes pour que la méfiance et l’hostilité reviennent en force ! Un exemple trouvé dans la rubrique actualités de Yahoo cette semaine : un Anglais résidant à Shanghai met le feu aux poudres en racontant ses expériences sexuelles sur un blog, multipliant les conquêtes chinoises, et parsemant son tableau de chasse de critiques anti-communistes. Les réactions dans la population, comme vous l’imaginez, ne se sont pas faites attendre :

« Un blog anomyme, relatant les expériences sexuelles d'un supposé auteur étranger avec des femmes de Shanghai, a provoqué l'ire d'internautes chinois. Le site "Sex and Shanghai", qui n'était pas accessible lundi, avait aussi abordé occasionnellement le thème des prouesses sexuelles des hommes chinois et émis des opinions critiques sur le Parti Communiste. Le blog, présenté comme étant rédigé par un Britannique enseignant l'anglais dans une université de Shanghai, est devenu célèbre la semaine dernière quand il a été dénoncé sur la toile par un professeur chinois.

"Internautes et compatriotes, si vous êtes des hommes avec des tripes et si vous respectez les femmes chinoises, alors rejoignez cette chasse à l'étranger immoral sur l'internet ! Tous ensemble !", a lancé dans son blog Zhang Jiehai, professeur de psychologie à l'Acamédie des sciences sociales de Shanghai. "Nous devons trouver cette ordure et le virer de Chine", estimait M. Zhang. Depuis le début de la chasse ouverte par le professeur Zhang, des messages sur le web se sont multipliés en Chine, appelant à la "castration" de l'auteur et à l'éradication de "l'obscénité étrangère". »

Et le pire, c’est qu’il se trouve encore des gens, dans les expatriés de la blogosphère occidentale (notamment des Français) pour s’offusquer de ce langage un peu leste et crier au racisme ! Mais, bon sang, qui est le raciste dans l’histoire : celui qui déconsidère la femme de son pays hôte comme un simple objet de consommation ou le patriote décidé à défendre l’honneur des femmes de son pays et emporté par une colère bien compréhensible ?

La seule chose rassurante dans cette affaire, c’est la saine réaction de ce M. Zhang. Son langage est un peu dur, mais quand il s’agit d’honneur, il n’y en a pas d’autre. Comme il le dit, c’est une question de tripes. Non, vraiment, la politique d’ouverture n’a pas que des bons côtés, et dans un pays qui a connu la colonisation, on est très sensible à tout ce qui peut ressembler à une décadence venue de l’étranger. Ce n’est pas être raciste que de dire cela – d’ailleurs, c’est moi qui le dis ! – mais il est normal qu’un peuple s’offusque de certains affronts, surtout quand les auteurs de cet affront viennent amener le désordre chez leurs hôtes et ne manifestent aucun respect pour la sensibilité culturelle du pays qui les accueille.

Car le fond du problème est bien là : cette conception voyeuriste et infantilisante de la sexualité n’a rien de chinoise, elle est occidentale – ou plus exactement, elle est libérale, car ce serait faire injure à l’Occident que de croire qu’il a toujours été dans le triste étant où nous le connaissons actuellement. La libération sexuelle, ce miroir aux alouettes soixante-huitard (et largement dégénéré depuis) est quelque chose qui est propre à notre histoire et à certaines errances idéologiques de cette dernière, mais on ne peut en aucun cas vouloir exporter ainsi ses modèles de société – surtout quand les modèles en question sont si déstructurants ! Mépris de la femme, pratiques sexuelles considérées comme une simple consommation, multiplication des « conquêtes », phallocratie ras-les-pâquerettes : non seulement ces éléments sociologiques sont caractéristiques de la mentalité libérale, mais en plus, ils sont vilain goût de déjà-vu. Les colonies…

Il y a encore du travail à faire pour que certains Occidentaux arrogants, débarqués en Chine uniquement pour profiter du marché – et de la chair fraîche, semble-t-il – acceptent de considérer les Chinois comme des êtres humains et comme leurs égaux. Il faudra du temps aussi pour qu’ils acceptent de s’adapter à la culture et à la sensibilité locales et ne croient pas être partout chez eux. En attendant, voilà un coup de gueule qui s’imposait, et comme disait en son temps la Pucelle d’Orléans : « Boutons les Anglois… »

L'ALPHABETISATION DES CAMPAGNES SE POURSUIT

 
article paru aujourd'hui dans le Renmin Jibao :
 

La Chine a annoncé jeudi qu'elle comptait établir 200 000 librairies dans ses vastes régions rurales d'ici cinq ans. « Chaque librairie aura au moins 1000 livres, 30 magazines et périodiques ainsi que des produits audio-visuels » a indiqué Liu Binjie, directeur adjoint de l'Administration d'Etat de la Presse et des Publications.

La Chine a publié mercredi un programme national sur le développement culturel pendant le 11e Plan Quinquennal (2006-2010). Ce programme, publié conjointement par la Direction générale du Comité central du Parti communiste chinois et la Direction générale du Conseil des Affaires d'Etat de Chine, accorde une importance prioritaire au développement culturel des régions rurales.

Liu a souligné que ce projet, d'un investissement total de 4 milliards de yuans (506 millions de dollars) soit 20 000 yuans par librairie, viserait à promouvoir l'éducation et la popularisation des sciences et technologies dans les régions rurales. Il a ajouté que ces librairies seraient sponsorisées par le gouvernement et accepteraient les dons publics. « Nous souhaitons que chaque village puisse avoir sa propre librairie d'ici dix ans » a-t-il expliqué.

13 settembre

LES CHIENS ABOIENT ET LA CARAVANE PASSE…

Ce que j’écrivais il y a quelques jours dans mon texte intitulé « Il y a trente ans s’éteignait le Grand Timonier » s’est malheureusement vérifié une fois de plus : certains zélateurs du libéralisme le plus outrancier, avec un cynisme sans nom, ont profité de cet anniversaire funèbre pour cracher leur petite bile sur le corps froid de Mao – et accessoirement sur votre serviteur. Ce manque de pudeur et de civilité est véritablement inquiétant mais significatif d’une société déritualisée où le respect n’est plus qu’un mot sans valeur pour les plus arrogants. Je ne parle pas du respect pour Mao (qui n’en a cure là où il est) mais du respect pour ceux qui, en Chine ou ailleurs, ce 9 septembre, avaient une pensée reconnaissante pour le grand travail accompli par lui.

L’individu dont je parle, et qui se garde bien de donner son nom, m’attaque sur ses propres terres, puisqu’il écrit son brûlot sur le blog de Guy Sorman, le célèbre essayiste ultralibéral et « spécialiste » de la Chine, dont il ne semble hélas avoir rencontré que les dissidents.

Quoi qu’il en soit, je me dois tout de même de lui répondre. 

En ce qui concerne les associations constantes que vous faites entre communisme et nazisme, en plus d’être très insultantes, elles sont un élément surexploité de la propagande libérale et ne prouvent qu’une chose : la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui les utilisent. De même, ceux qui répètent bêtement que Mao = Staline n’ont vraisemblablement jamais ouvert un livre d’histoire. S’il vous prenait l’envie d’accomplir cet acte audacieux mais ô combien nécessaire, je vous conseille aussi de regarder à la page où on explique le rôle primordial joué dans tous les pays par les communistes dans les luttes anti-fascistes (Espagne, Italie, Allemagne, France, Chine, etc.), ça vous évitera de tomber dans le révisionnisme facile et de mettre tout le monde dans le même panier.

Dans votre liste d’écrivains anti-chinois (qui ne le sont tout de même pas tous, heureusement), vous avez oublié de nommer celle qui semble être l’auteur de votre bible, ce livre qui vient de sortir et dont on ne tarit pas d’éloge sur ce blog – j’ai nommé Jung Chang ! Pardonnez-moi si je ne partage pas votre vénération pour ce pavé illisible, mais je n’appelle pas ça un livre d’histoire. Cela me fait plutôt penser aux « exposés d’amertume » que l’auteur critique justement : un exutoire littéraire pour déverser sa haine d’un certain passé. C’est tout à fait son droit, et elle a de bonnes raisons de penser ce qu’elle pense, mais par pitié, si vous voulez parler histoire, prenez des références sérieuses !

Parmi les auteurs chinois qui ont un peu touché à l’histoire (sans être exactement historiens), je vous conseille de lire ou de relire Han Suyin, que cela soit sa biographie de Mao ou son livre intitulé « La Chine en 2001 ». Et rassurez-vous, ce n’est de loin pas une écrivain communiste.

Et, s’il vous plaît, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’ai écrit clairement que je ne cherche ni à nier ni à minimiser les fautes de Mao – car je maintiens que la plupart des drames qui ont secoué la Chine au XXe siècle étaient plus souvent l’effet d’erreurs tactiques que de « crimes » comme vous dites. J’ai sûrement au sujet de la Révolution Culturelle ou du Grand Bond en Avant la même opinion que vous, donc veuillez bien cesser de me présenter comme un garde rouge, merci ! Mais s’il s’agit de faire un bilan de cette longue période pleine de bouleversements divers, je serais assez de l’avis de Deng Xiaoping (sans pour autant l’exprimer en pourcentages, car j’ai un peu de peine avec cette manière de juger) pour dire que les bienfaits apportés par Mao à la Chine ont été plus nombreux et plus durables que ses excès et que ses maladresses. Avouez que ce n’est tout de même pas une attitude dévote que d’avoir ce genre de jugement !

Mais ce qui me choque le plus dans vos sarcasmes, c’est le total mépris que vous semblez avoir pour la sensibilité populaire qu’on retrouve ici à Pékin et certainement ailleurs dans le reste de la Chine. Vous prenez les gens de haut comme s’ils n’avaient rien compris, comme si vous étiez plus à même qu’eux pour leur expliquer leur situation. Mais ceux qui ont subi les drames de la Révolution Culturelle et tout le reste, ce sont eux et pas vous ! Cette manière de donner des leçons sans connaître grand-chose au sujet et de se penser supérieur aux premiers concernés, me fait penser – vous me le pardonnerez – à une attitude coloniale. Je ne suis certainement pas le seul à qui ce genre de relents fait horreur.

Donc, plutôt que d’épiloguer sans fin sur des événements qui vous dépassent visiblement, vous pourriez tout aussi bien nettoyer devant votre porte et vous poser les mêmes questions au sujet des idéologies qui dominent actuellement notre bonne vieille Europe, à commencer par le libéralisme. Pour moi, cette idéologie reste la plus totalitaire à bien des égards, et de manière plus insidieuse, plus perverse que les autres, car ce n’est pas une dictature déclarée, mais une pensée unique qui avance masquée, sous des vocables aussi abscons que la démocratie ou la liberté. Réfléchissez-y et pardonnez-moi d’être un peu arrogant, mais l’arrogance appelle l’arrogance.

 
pour lire les commentaires originaux et le reste du débat, voir le blog de Guy Sorman
12 settembre

« LA CHINE SE DRESSE FIEREMENT EN ORIENT 30 ANS APRES LE DECES DE MAO »

 
article paru aujourd'hui dans le Renmin Jibao :
 

Le 9 septembre de cette année est le 30e anniversaire du décès de Mao Zedong, fondateur de la République populaire de Chine. Au cours de cette trentaine d'années écoulées, la nouvelle Chine mise en place par Mao Zedong et ses compagnons d'armes a accompli des succès qui retiennent l'attention du monde entier.

« Le mont Wushan une fois coupé en deux par un barrage, un grand lac s'étendra au-delà des Gorges du Yangsté ». Cette prédiction faite par Mao dans l'un de ses poèmes se trouve réalisée juste à la veille du 30e anniversaire de sa disparition : le fait que le 5 septembre dernier, on ait confirmé que le niveau d'eau retenu par le barrage des trois Gorges du Yangtsé après sa troisième tranche des travaux a dépassé 156 mètres, marque que ce complexe hydraulique atteint d'ores et déjà, cela avec un an d'avance, les premiers objectifs prévus pour sa mise en valeur.

Du côté de l'exploration spatiale, les Chinois ont également abouti à d'importantes percées pendant la même période : du 12 au 17 octobre 2005, deux astronautes chinois ont accompli avec succès un voyage spatial de 115 heures en créant plusieurs records dans ce domaine. Le fait que la Chine ait réalisé successivement deux conquêtes spatiales habitées montre qu'elle est tout à fait en mesure d'occuper une place de choix dans le secteur mondial des hautes technologies.

Construire une ligne de chemins de fer qui traverse les hauts plateaux du Qinghai-Tibet a été non seulement le rêve de plusieurs générations de Chinois, mais aussi un des plus grands vœux des dirigeants chinois de la vieille génération ayant à leur tête Mao Zedong. S'étendant au total sur 1 956 kilomètres et mise officiellement en service le 1er juillet 2006, la ligne de chemins de fer Qinghai-Tibet, dans laquelle se condensent des aspirations ferventes et les rêves de toute la nation chinoise, est la voie ferrée de haut plateau la plus longue, la plus hautement située, et qui parcourt la plus longue distance de terre gelée dans le monde.

A Shaoshan, village natal de Mao Zedong, les habitants évoquent toujours le souvenir de celui-ci avec une profonde émotion. Mme Tang Ruiren, patronne du fameux Restaurant de la famille des Mao de Shaoshan, ne cache pas ses vives impressions devant les grands changements survenus en Chine pendant les trente dernières années. Devenue aujourd'hui millionnaire en partant d'une petite taverne spécialisée dans le bouillon de haricots mungo et en réussissant à mettre en place des succursales de son restaurant dans une vingtaine de villes grandes et moyennes du pays, Tang fait partie, elle aussi, des partisans inébranlables et propagateurs volontaires de la pensée de Mao Zedong.

En 2006, la Chine célèbre également le 70e anniversaire de la victoire de la Longue Marche accomplie par l'Armée rouge, prouesse inscrite dans les annales historiques comme étant un prodige rarement accompli dans le monde et un important tournant de la Révolution chinoise. Aujourd'hui encore, certains principes élaborés ou définis par Mao Zedong, comme l' "esprit de la Longue Marche", l' "esprit de Yan'an", "servir le peuple" et "rechercher la vérité dans les faits", exhortent toujours le peuple chinois à poursuivre sa "longue marche" en partant d'un nouveau point de départ.

11 settembre

VISITE A LA PLACE TIANANMEN

 
Quelques photos de la visite de la place Tiananmen visitée samedi passé en compagnie de M. Liu.
 

LETTRE D’INFORMATION DE SEPTEMBRE

Chers amis,

Je vous envoie quelques nouvelles de moi après presque trois semaines à Pékin. Comme les lecteurs du blog "Au Coeur de l'Empire" ont pu le constater, il s'y passe déjà beaucoup de choses. Après vous avoir entretenu, durant ces trois premières semaines, de sujets aussi divers que mon voyage, le Dalaï-lama, la collectivisation dans l'agriculture, le boycott des dessins animés occidentaux, les problèmes d'immobilier et de protectionnisme, les travailleurs migrants, ou le trentième anniversaire de la mort de Mao, voici en primeur le programme du mois de septembre :

Côté tourisme, je mettrai en ligne quelques photos de la Place Tiananmen et de la Cité Interdite ; je tâcherai d'en ramener aussi de la Grande Muraille où je me rendrai dans quelques jours. Je répondrai à quelques critiques formulées sur d'autres blogs au sujet de mon hommage à Mao, qui n'a apparemment pas été au goût de tout le monde. Nous parlerons cinéma avec la préparation d'une grande fresque sur le massacre de Nankin perpétré par les Japonais pendant la guerre. Pour notre petit cours d'histoire, je vous présenterai Norman Bethune, un médecin canadien qui s'est engagé comme volontaire pour venir en aide à l'Armée Rouge chinoise pendant les moments les plus durs de sa lutte. Nous parlerons du problème de Taiwan, sujet brûlant s'il en est, car j'ai pu rencontrer et interviewer M. Rex Wang, représentant en Suisse de la Délégation économique et culturelle de Taipei. Côté littérature, nous reviendrons sur la découverte de la Chine par André Malraux, l'auteur de la "Condition Humaine". La musique ne sera pas en reste puisque je vous présenterai le dernier album de Wong Faye, une chanteuse cantonnaise très populaire par ici. Pour les amateurs de philosophie et d'expression artistique, nous commencerons une réflexion en plusieurs épisodes, illustrations à l'appui, sur un thème qui me tient à coeur : l'exotisme au coeur de la mondialisation.

Nous parlerons aussi, en vrac, de lutte contre la corruption, de la courtoisie chinoise, de l'éthique du président Hu Jintao, de la question du filtrage des informations sur Internet, et de l'intégration des étrangers. Je mettrai de plus en ligne plusieurs séries de photos, présentant l'architecture urbaine de Pékin et quelques produits locaux.

En espérant que la lecture de ce blog pourra vous intéresser, je vous rappelle qu'il est toujours possible de laisser des commentaires, questions ou critiques au bas des articles. Le blog se déroule sur plusieurs pages (pour consulter les anciennes pages, cliquez au bas de la page principale sur "afficher plus de billets") et la moyenne actuelle de sa réactualisation (publication de nouveaux textes) est d'une fois tous les deux jours. Il est donc plus vivant que jamais.

En vous envoyant mes meilleures pensées, je vous fais parvenir mes plus rouges salutations de Chine !

09 settembre

IL Y A TRENTE ANS S’ETEIGNAIT LE GRAND TIMONIER

Ce matin, le ciel est bleu – c’est assez rare par ici – et les rues sont balayées par un vent frais, presque automnal, chargé de sable du désert. Mais ce jour est un peu particulier : cela fait exactement trente ans que, le 9 septembre 1976, Mao nous a quittés. Trente ans pendant lesquels les changements se sont succédés en Chine mais où la ligne directrice est restée la même : la République populaire est une et indivisible sur son territoire, elle l’est également dans le temps, et c’est la garantie de sa stabilité.

Ayant acheté un petit bouquet de neuf fleurs rouges (pour symboliser le neuvième jour du neuvième mois), je pars à la recherche d’un monument à la mémoire de Mao que j’avais aperçu quelques jours auparavant, pour y déposer ce modeste hommage. J’irais bien à Tienanmen, mais c’est loin et je ne me souviens plus quelle ligne de bus je dois prendre. Après deux heures de marche dans Pékin, je dois me rendre à l’évidence : il m’est impossible de retrouver ce mémorial – bien que ce ne soient pas les statues à l’effigie de Mao qui manquent. Je vais devoir me résoudre à faire un autre usage de mon bouquet.

Dans les rues où je passe, dans un quartier un peu insalubre et ayant l’air d’être en démolition (à Pékin, ce qui n’est pas en construction est en démolition), je vois qu’on a sorti de nombreux portraits du Grand Timonier ainsi que des drapeaux rouges. Des femmes brûlent de l’encens ou allument des bougies sur le pas de leur porte, quelques hommes ont même ressorti leur vieux costume de toile verte, et je vois çà et là le touchant hommage que rend le petit peuple à l’homme qui l’a sorti de la féodalité. Le Parti, m’a dit Bo, s’est quant à lui réuni en privé avec quelques officiels pour célébrer cet anniversaire, et le public n’a malheureusement pas été convié à cette occasion. Qu’importe – la mémoire de Mao appartient à tous les Chinois, et je dirais même à tous les socialistes du monde, car il fut une icône pour les peuples exploités bien au-delà des frontières de l’Asie.

Je laisse les intellectuels occidentaux se moquer ou s’offusquer de cette ferveur presque religieuse chez le peuple chinois ; quand on se trouve face à ces témoignages simples et émouvants de communion populaire, on ne peut que ressentir un profond respect. Voir cela me remet du baume au cœur ; j’en avais bien besoin car j’ai eu l’occasion de m’attrister, toute la semaine, en lisant sur le sujet les éditoriaux et les articles édifiants de nos petits soldats de la pensée unique dans la presse occidentale. La mauvaise foi, la malhonnêteté intellectuelle, voire parfois le révisionnisme historique, s’affichent sans le moindre scrupule dans les pages de nos grands quotidiens, et je me sens à chaque fois blessé personnellement quand la vieille rancœur anti-communiste de mon Europe natale fait reparaître son visage grimaçant aux tribunes. J’en éprouve à chaque fois une grande honte et un sentiment de révolte, dans mon impuissance à ramener toute cette clique aboyeuse à un peu plus d’objectivité.

Comprenez-moi bien : il ne s’agit pas de nier les erreurs de Mao ni même de les relativiser ; elles furent souvent sanglantes (et ce bien malgré lui), mais doit-on vraiment les imputer à un seul personnage et doit-on vraiment appeler criminel un homme qui s’est quelquefois, comme tous, trompé dans ses visions ? Et comment pouvons-nous évaluer honnêtement le bilan de son travail titanesque ?

La Chine était féodale ; elle est maintenant une république.

La Chine était une colonie ; elle est maintenant indépendante.

La Chine était pauvre et affamée ; elle marche maintenant vers la prospérité.

Mao, c’est avant tout cela : la résistance contre l’envahisseur japonais, la libération nationale, la réunification d’un immense territoire, l’émancipation de la femme, la scolarisation des masses, l’autonomie, et le retour si longtemps désiré à une Chine fière d’elle et pouvant compter sur ses propres forces.

Comme il est facile de rouer de coups un cadavre ! Comme il est grossier de flétrir la mémoire d’un homme le jour de son anniversaire ! Et quel affront pour le peuple que cet homme a guidé pendant tant d’années ! Mais les gens, ici aussi, savent bien que la supériorité d’une meute de chiens vivants sur un lion mort n’est qu’apparente. Mao n’est plus de ce monde, mais la construction qu’il a patiemment édifiée est devenue plus forte encore que de son temps et elle est prête à résister à toutes les attaques les plus félonnes de ceux qui vont jusqu’à draper leur haine viscérale du socialisme dans de beaux motifs humanitaires – suivez mon regard… Diffamez, diffamez, tout cela finira dans l’oubli plus tôt que vous ne le pensez. Mais la mémoire des grands, elle, perdurera.

« Je méprise la poussière qui me compose et vous parle ; on pourra persécuter et faire mourir cette poussière ! Mais je défie qu'on m'arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux. Dispersez mes membres aux quatre vents ; il en surgira des républiques. Arrachez-moi le cœur, mangez-le, vous deviendrez ce que vous n’êtes pas : grands. » (Saint-Just)

 

08 settembre

LES MINGONG : L’ARMEE DES OMBRES

Cet après-midi, en me promenant dans Pékin, alors que la rue était relativement calme (elle ne l’est jamais complètement) et que j’étais un peu distrait, je me fais bousculer par un homme, puis dix, puis trente, qui se ruent vers un bus comme des sauvages, avant de s’y engouffrer dans une confusion indescriptible. Cette meute sortie d’on ne sait où est constituée d’hommes de tous âges au visage buriné, portant des vêtements rapiécés ou de vieux habits militaires, des casques de chantier et divers instruments (pioches, pelles, marteaux). Leur apparence est assez misérable et on reconnaît au premier coup d’œil leur appartenance – j’allais dire : leur enracinement – à la classe ouvrière ; mais, nous allons le voir, à une catégorie bien particulière de la classe ouvrière. Comme, après le départ du bus, quelques passants se plaignent d’avoir été bousculés par cette petite troupe pressée, j’entends un mot qui revient plusieurs fois : mingong.

Je vais essayer d’expliquer ce que recoupe ce terme. Le mingong est un prolétaire, ou plus exactement un sous-prolétaire. C’est un homme de la campagne, souvent fils de paysan, qui s’est lancé dans l’exode rurale et a migré vers les zones urbaines dans l’espoir de trouver du travail. Pourquoi cette migration ? Les raisons sont nombreuses ; en voici quelques unes :

I – Le travail de l’agriculteur n’a pas été valorisé ces dernières années comme il aurait dû l’être par le gouvernement ; aussi beaucoup de paysans demandent davantage de soutien et aimeraient voir rehaussée leur contribution à la vie économique du pays. Il faut noter que pour enrayer ces tendances migratoires et rendre aux paysans ce qui leur est dû, le gouvernement est en train peu à peu de changer de politique, et il a par exemple supprimé un impôt agricole, sorte de dîme féodale, qui existait depuis 4000 ans et auquel même la Révolution n’avait pas osé toucher !

II – La vie dans les grandes villes est mythifiée dans les campagnes, envisagée comme pouvait l’être le Nouveau Monde jadis en Europe (et comme il l’est toujours en Afrique), et beaucoup de paysans croient réellement que Pékin ou Shanghai sont des Eldorado et qu’on y trouve du travail pour tous.

III – La politique de l’enfant unique a conduit à de graves déséquilibres entre le nombre de garçons et de filles, surtout dans les campagnes (dans les villes, ce déséquilibre n’est pas vraiment visible). En effet, beaucoup de paysans préfèrent avoir des fils pour reprendre la terre, et il semble que les cas d’avortements illégaux et d’infanticides soient encore courants. Aussi, arrivé à l’âge adulte, beaucoup d’hommes ne peuvent pas se marier faute de femmes, et espèrent pouvoir trouver quelqu’un dans des régions où elles sont plus nombreuses – c’est-à-dire dans les villes.

Cet exode massif, fruit de l’incompréhension et de faux espoirs, est source de graves déséquilibres sociaux :

I – Dans certaines régions rurales, on commence à manquer de bras pour cultiver la terre ; il est urgent pour le gouvernement de ramener ces paysans chez eux.

II – Certains patrons profitent de l’afflux de cette main d’œuvre sous-qualifiée et très malléable pour la sous-payer et la traiter dans des conditions très dures, provoquant du même coup la colère des ouvriers citadins qui se voient soumis à une concurrence déloyale.

III – l’arrivée de ces mingong accentue la concurrence sur le marché du travail et sur celui du logement, créant un sentiment de rejet chez la population urbaine, rejet qu’on pourrait associer à du racisme s’il ne s’agissait pas d’un côté comme de l’autre de représentants de la même ethnie (les Hans).

IV – Ce rejet est accentué par une hausse de l’insécurité ; en effet, les mingong, particulièrement pauvres, sont souvent réduits à la mendicité, au vol et au trafic pour pouvoir survivre.

Le travail étant très précaire (quand il y a du travail), les mingong sont la plupart du temps des travailleurs itinérants, ce qui renforce encore la disposition de leurs patrons à les exploiter, car ils ne sont protégés par aucune convention collective de travail ni quoi que ce soit, ce qui fait d’eux, comme je l’ai dit avant, des sous-prolétaires.

Une dépêche datée du 1er septembre sur China.org nous apprend que dans un arrondissement du Xi’an, on a changé le statut officiel des mingong en celui de « paysans-citadins », ce qui, sur le plan légal, équivaudra à une amélioration de leur sort. Ils bénéficieront dès maintenant de ces nouveaux avantages mais ils ne possèdent pas encore l’état civil correspondant :

« [Cette nouvelle appellation] revêt une signification exceptionnelle et un rôle de démonstration au moment où les autorités centrales appellent sans cesse à améliorer le traitement des mingong. En Chine, les mingong sont considérés comme faisant partie des ouvriers industriels. Mais, deux cents millions de mingong travaillant en ville sont souvent victimes de traitements inéquitables et de discriminations, et leur jouissance des ressources publiques urbaines, sur un pied d'égalité, reste problématique.

Les mingong constituent une nouvelle armée de travailleurs surgie dans la réforme et l'ouverture de la Chine, et au cours de son industrialisation et de son urbanisation. Ils apportent une importante contribution à la prospérité des villes, au développement des régions rurales et à la modernisation du pays.

La solution de leurs problèmes doit observer le principe de l'équité et de l'égalité. Les « nouveaux citadins » ont remplacé toutes sortes d'appellations anciennes pour désigner les travailleurs migrants non seulement dans les documents officiels et les discours des dirigeants de l'arrondissement de Yanta, mais aussi dans les appels adressés à la population de l'arrondissement. Il est stipulé dans un document promulgué par l'administration de l'arrondissement de Yanta que les « nouveaux citadins » peuvent bénéficier du minimum vital comme les autres citadins, s'ils répondent aux conditions requises, que leurs enfants peuvent aller aux écoles publiques dans les mêmes conditions que les autres citadins, et que douze hôpitaux de l'arrondissement donnent une faveur ou une subvention aux « nouveaux citadins » trouvés dans le besoin. La décision de l'arrondissement de Yanta a joui de la compréhension et du soutien des citadins.

La Chine compte 200 millions de mingong et, selon une estimation du ministère de l'Agriculture, 100 millions d'autres paysans doivent aller travailler en ville. Dans de nombreuses provinces chinoises, la réforme du système d'état civil est en cours afin de rechercher le moyen de briser définitivement le cloisonnement entre villes et campagnes, et d'accumuler des expériences en cette matière. Avec la progression et l'achèvement final de la réforme du système d'état civil, les villageois et les citadins auront une même identité et un même traitement. C'est la tendance générale à la fusion et à l'harmonie sociales. »

Espérons, en effet, que l’harmonie puisse se faire dans ce domaine aussi, mais cette phrase sur « une nouvelle armée de travailleurs surgie dans la réforme » me fait un peu froid dans le dos, car elle me rappelle douloureusement un passage du livre Quand la Chine Change le Monde de l’économiste Erik Izraelewicz, qui explique :

« Dans Le Capital, ce grand théoricien qui a inspiré il y a très longtemps bien des dirigeants pékinois [Marx], expliquait que les capitalistes rêvaient par-dessus tout d’entretenir une « armée de réserve » de chômeurs. Une telle armée d’oisifs à la recherche de moyens de survie aurait constitué pour eux un moyen de pression redoutable sur leurs propres travailleurs. Grâce à cette masse d’inactifs, ils devaient pouvoir imposer à leur personnel les pires conditions d’exploitation (des salaires bas, des horaires interminables, un rythme effréné et une protection sociale réduite au minimum). Ils devaient pouvoir lutter avec efficacité contre la supposée baisse tendancielle des taux de profit. Les capitalistes de Marx auraient trouvé dans la Chine d’aujourd’hui leur paradis. »

De nature optimiste, j’ose croire que le gouvernement n’a pas réellement intérêt à ce que cette catégorie sociale continue d’exister, et qu’au contraire, son premier souhait doit être de ramener les paysans à la terre et de régulariser la situation des travailleurs migrants. L’avenir nous le dira…

06 settembre

UN MATIN PLUVIEUX

Ce matin, il pleut ; c’est une bonne nouvelle. J’en profite pour éteindre la climatisation et sortir dans le jardin, où l’air est un peu plus frais que d’habitude. Il est presque sept heures ; je me rends au bord de l’étang non loin de mon immeuble (voir photos de la dernière fois). Mais en approchant, j’entends de plus en plus distinctement des rires et des chants. Qu’est-ce que cela peut bien être à cette heure ? Puis j’aperçois au bord de l’étang, rassemblés autour d’une petite table de pierre, la bande des étudiants du Kirghizstan occupés à finir une fête qui a dû être mémorable si j’en crois le nombre de bouteilles vides posées sur la dalle. En me voyant, ils me font signe et m’invitent à les rejoindre.

« Nous fêtons l’indépendance de la République du Kirghizstan, me dit un des fêtards d’une voix balbutiante dans un anglais de fin de soirée. Bois donc à la santé de la République ! » Et il me tend un verre de vodka – vodka russe, remarque-je tout de même avec ironie, alors qu’on fête justement la libération du joug soviétique… Je refuse d’abord (il n’y a pas une demi-heure que je suis levé) mais j’accepte finalement quelques gorgées pour ne pas froisser leur humeur patriotique.

Mon compagnon de chambre est parmi la bande ; je lui demande si c’est ainsi qu’il passe toutes ses nuits (je ne le vois jamais rentrer se coucher qu’au petit matin). Il me répond que c’est un mois faste pour les célébrations nationales, car outre l’indépendance, il y a la Constitution à fêter, ainsi que celle du Kazakhstan – « nos frères » dit-il en empoignant un de ses camarades en provenance de ce pays – qui, lui aussi, fête ces jours-ci son indépendance et sa république… Cela fait effectivement beaucoup de toasts, et les jours étant ce qu’ils sont – étouffants – la nuit reste le meilleur moment pour les porter. En face, de l’autre côté de l’étang, une patrouille de policiers passe en nous jetant des regards désapprobateurs. Comme je ne tiens pas à reprendre un verre de Gorbatchev – sûrement la vodka la moins chère, même en Chine – je laisse les fêtards clore leur banquet patriotique et je dirige mes pas un peu plus loin, vers un petit pavillon entouré d’une treille.

Il pleut toujours, mais très peu ; une ondée tiède qui rafraîchit tout de même et redonne un peu de vivacité aux espaces verts. Assis au bord de la treille, je regarde, comme chaque matin, les hommes et les femmes qui viennent faire leurs exercices de qi gong – du moins je crois que c’est du qi gong. Les gens arrivent les uns après les autres, généralement seuls, et entament des mouvements étranges dont je ne comprends pas la signification. Certains se contentent de marcher lentement en secouant leurs poignets ou en faisant des vagues avec leurs mains ; d’autres font quelque chose qui ressemble à des élongations ou des exercices d’assouplissement ; d’autres dansent en balayant l’air avec des éventails ou de petites raquettes marquées du symbole yin-yang. Tous accomplissent ces rites avec une grande régularité, l’air absent, et sans se soucier le moins du monde de ce qui se passe autour d’eux. C’est pourquoi il vaut mieux ne pas les croiser de trop près car ils pourraient vous gifler distraitement sans même s’en rendre compte…

Le plus étonnant est certainement ces vieilles femmes qui restent immobiles de longues minutes sur le gazon, puis qui rompent cette immobilité en poussant un cri perçant qui fait frémir tout le jardin – ou plutôt qui me fait frémir moi, car personne parmi les Chinois n’y prête attention, tout habitués qu’ils sont par ce train-train matinal. Je sursaute à chaque fois : qu’est-ce qui peut bien faire hurler de la sorte ces pauvres dames ?

Je repense à une discussion que j’avais eu avec Bo avant son départ pour la Mandchourie : il pensait que le Fallounne Ghongue (cette secte religieuse de plus en plus politisée qui tente de déstabiliser le régime par la subversion - j'ai déjà expliqué pourquoi je changeais l'orthographe de certains noms "sensibles") n’était pas aussi dangereux que beaucoup le pensaient, car malgré un grand nombre d’adhérents (plus de 80 millions), il ne se renouvelait pas car la relève était insignifiante parmi les jeunes. Ce qui n’est pas le cas du Parti, avait-il ajouté malicieusement… Et, en effet, assistant tous les matins à ces curieux rites, je remarque que les personnes de moins de quarante ans à pratiquer ces exercices sont très peu nombreuses. Peut-on juger sur cet échantillonnage ? Certainement pas, mais il semble que l’engouement spiritualiste, qui touche ici – comme en Europe – surtout la moyenne bourgeoisie, ne passionne pas la jeunesse outre mesure. Peut-être que la Chine n’a pas autant changé qu’on le dit ; peut-être qu’Hegel et sa dialectique matérialiste (passée au presse-purée marxiste bien entendu) n’ont pas encore trouvé d’adversaire à leur hauteur…