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31 agosto

BOYCOTT DES DESSINS ANIMES OCCIDENTAUX

Comme promis, je ferai chaque semaine une petite sélection de dépêches qui m’auront semblées intéressantes dans la presse chinoise, et je vous en citerai quelques extraits en les commentant. Après avoir traité il y a quelques jours de la collectivisation dans l’agriculture, parlons d’un sujet tout autre : les dessins animés pour enfants.

Le gouvernement a décidé de mettre le holà en constatant que les dessins animés d’importation avaient tendance à prendre de plus en plus de place sur les grilles horaire de la télévision. Et la provenance principale de ces cartoons est la même qu’en Europe : le Japon. Mais si chez nous, nous n’avons aucune peine à l’accepter, vous comprendrez qu’en Chine, le problème est plus délicat. Cette régulation des programmes s’inscrit dans les nouvelles mesures protectionnistes prises par le gouvernement dans plusieurs domaines pour protéger et promouvoir les industries chinoises. Inutile de préciser que c’est là une des bases du socialisme chinois : ouvrir le marché national pour profiter des investissements extérieurs n’est viable que si ces réformes sont accompagnées de mesures de protection garantissant la prééminence des travailleurs nationaux.

Voici la dépêche :

« Les enfants chinois fanas des cartoons étrangers devront attendre la nuit pour voir leurs programmes préférés. A partir du premier septembre prochain, aucun dessin animé étranger ni programme en rapport avec des dessins animés étrangers ne pourront être diffusés entre 17H00 et 20H00 sur l'ensemble des chaînes de télévision et les chaînes thématiques à destination des enfants, selon un nouveau règlement de l'Administration d'Etat de la Radiodiffusion, du Cinéma et de la Télévision (SARFT). Ce règlement est considéré comme une des mesures de la SARFT en vue de favoriser le développement de l'industrie locale.

La première étape remonte à l'an 2000, quand la SARFT a demandé à ce que les dessins animés étrangers obtiennent une approbation officielle avant toute diffusion. Cette mesure a été suivie d'une circulaire en 2004, qui stipulait que les dessins animés chinois devaient représenter au moins 60% des cartoons diffusés par chaque chaîne. Le développement de l'industrie d'animation joue un rôle important en matière de préservation de la civilisation chinoise puisque les enfants peuvent y apprendre les valeurs traditionnelles. »

Comme le suggère la dernière phrase, au souci économique s’ajoute un souci culturel : les dessins animés chinois sont garants des valeurs traditionnelles et ils ont donc un rôle éducatif prédominant dans un pays où les pressions culturelles occidentales sont de plus en plus fortes.

Le quotidien taïwanais Taipei Soir ajoute :

« Le gouvernement chinois a aussi ordonné aux réseaux de télévision de cesser de montrer des films d’horreur durant les heures de grande écoute et aux animateurs de s’habiller de façon plus conservatrice et d’employer moins de mots et de tournures anglophones sur les ondes. »

Ce souci va parfois très loin, comme dans cette note parue dans le Bulletin de la CLEI (Cellule de lecture et d’évaluation de l’information du département de propagande du Comité central du Parti Communiste Chinois) du 19 mars 1997 :

« Le monde animal, dans les histoires chinoises traditionnelles pour enfants, est bien souvent divisé en deux camps, les bons et les méchants, selon un schéma bien établi. Ainsi, les chats sont des héros alors que les souris incarnent les vilains. Mais, avec l’arrivée massive de cartoons importés, nous avons eu la surprise de découvrir que, dans les dessins animés étrangers, les souris devenaient brusquement de petits anges adorables, à l’esprit vif et intelligent. Sous l’influence de ces cartoons, nos propres dessins animés ont fini par intégrer cette conception positive du rôle de la souris. »

La conception positive du rôle de la souris… Tom et Jerry feraient bien de vite intervertir leurs places s’ils veulent rester sur les téléviseurs chinois !

COMMEMORATION DE LA LONGUE MARCHE

source : China.org

Depuis le début du mois d'août, les activités de célébration du 70e anniversaire de la Longue Marche de l'Armée rouge battent leur plein à travers le pays et atteindront leur point culminant en automne.

Le Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois s'est réuni le 25 juillet pour la 33e Etude collective consacrée au thème : « Rétrospective de la victorieuse Longue Marche de l'Armée rouge et nos réflexions ». Le secrétaire général du Comité Central du Parti Communiste, Hu Jintao, a souligné à cette occasion que nous ne pouvons comprendre profondément le passé, saisir complètement le présent et construire correctement l'avenir qu'en retenant l'histoire, notamment l'histoire de la Révolution chinoise menée par le peuple chinois sous la direction du Parti communiste.

« Aujourd'hui, a déclaré M. Chen Feng, secrétaire du Comité du Parti pour le district de Luoshan, dans la province du Henan, où le 25e corps d'armée de l'Armée rouge partit pour la Longue Marche, nous devons continuer et développer l'esprit de la Longue Marche consistant à ne pas craindre les sacrifices et à oser vaincre, pour transformer notre société en une société harmonieuse. Pendant les années de guerre, environ 100 000 habitants de Luoshan se sont joints à la révolution, et 35 000 d'entre eux ont donné leur vie. Aujourd'hui nous commençons une nouvelle Longue Marche pour accroître les revenus des paysans et réduire le fossé entre riches et pauvres. »

Un grand nombre de Chinois et Chinoises ont pris part à diverses activités : « Parcourir de nouveau les chemins de la Longue Marche ». Parmi eux les plus remarquables sont les enfants des fondateurs de la République populaire de Chine et d'innombrables jeunes et adolescents.

29 agosto

UN ETANG EN DESSOUS DE CHEZ MOI

 
Durant mes allées et venues d'un bureau à l'autre ce matin (ce sont les jours des inscriptions et c'est assez kafkaïen), je suis tombé au hasard sur un petit étang, qui se trouve en fait juste derrière mon immeuble - que vous pouvez voir en arrière-fond sur une des photos. On y trouve des poissons rouges (poissons dorés en chinois) et des lotus ; vous remarquerez le dessin traditionnel des infrastructures (pont, tables, fresques, etc.). Je m'y suis reposé quelques minutes entre deux formalités.
 
Bon, je retourne dans ma chambre, je dois encore chercher le formulaire 106BZ8 qui devrait me permettre d'échanger l'attestation de mon paiement d'assurance contre une carte me permettant, après la certification de mon formulaire par le fonctionnaire préposé, d'obtenir le rendez-vous nécessaire pour aller attester mes certificats médicaux dans un hôpital compétent...
 
28 agosto

MES PREMIERS PAS EN CHINE

Lorsque j’arrive à la sortie de l’aéroport de Pékin, un homme s’approche de moi et me tend un téléphone portable, me faisant comprendre qu’il y a un appel pour moi. Très étonné, je prends le téléphone et dis : « ui ? » (allo en chinois). A l’autre bout du fil, c’est Yiqi, qui me parle depuis la Suisse ! L’homme au téléphone n’est autre que M. Liu, son père, venu me chercher à mon arrivée. Accompagné d’un camarade, M. Wu, ils m’aident à embarquer mes bagages dans leur voiture et m’emmènent à l’Université.

Durant le trajet, après avoir échangé quelques mots avec les deux hommes qui n’ont pas compris grand-chose (à cause de mon horrible accent français), je regarde par la fenêtre. Une vraie scène de science-fiction : la banlieue pékinoise, noyée dans la fumée des usines, en éternelle construction. Erik Izraelewicz écrivait, dans son livre sur l’économie chinoise, que parmi toutes les grues en activité dans le monde, plus de la moitié l’était en Chine. Je veux bien le croire car cette partie de la ville est une véritable forêt de grues, et bien qu’il ne soit même pas sept heures du matin, des masses d’hommes s’affairent déjà, remuant la poussière de tous les côtés et semblant prêt, comme dans la légende chinoise, à faire et défaire des montagnes. Izraelewicz explique dans le même livre que dans les quinze prochaines années, la Chine construira une ville de la taille de Paris… chaque mois ! Et ici, on casse la pierre à la pioche et on remue la terre à la pelle ; il semble que certains retards technologiques soient compensés par la multitude des bras, appuyée sur une conception du travail certainement très différente de la nôtre.

Nous arrivons à l’Université, un endroit d’apparence très agréable (voir note précédente). C’est là que les difficultés administratives commencent, mais je n’interviens pas, je laisse M. Liu négocier, disputer, et arranger tout – en déployant une énergie étonnante compte tenu de la chaleur. J’ai écrit dans une de mes premières notes que naviguer dans la bureaucratie suisse pouvait faire penser à la Maison des Fous d’Astérix ; que dire alors de la bureaucratie chinoise ? Imaginez la même chose, mais en ajoutant quelques degrés Celsius de plus, des queues interminables (que personne ne respecte), des policiers dans tous les coins, des ordinateurs qui tombent sans cesse en panne, des renvois systématiques d’un bureau à l’autre, et une langue que vous ne comprenez pas et que vos interlocuteurs ne semblent guère mieux comprendre puisque la communication d’un côté à l’autre du guichet ne passe qu’avec beaucoup de difficultés. Néanmoins, à la fin de la journée, j’ai tout ce qu’il me faut et même bien plus : une chambre, un compte bancaire, une carte de téléphone, une carte de rationnement (pour le réfectoire), une connexion Internet et assez d’argent liquide pour survivre un bon moment.

M. Liu me traite visiblement comme si je faisais déjà partie de la famille, car il m’a accueilli et m’a tout préparé avec une efficacité et une générosité vraiment admirables. Il amène dans ma chambre tout ce dont je pourrais avoir besoin : des pantoufles, une bouilloire (l’eau courante n’est pas potable), un thermos, du papier à lettre, du café (un produit de luxe ici), une casserole, des rallonges électriques et diverses autres choses fort utiles. Il harcèle le personnel pour que tout soit en ordre, et j’avoue que c’en est presque gênant : il en fait tellement pour moi que j’ai peur de passer auprès des fonctionnaires de l’Université pour un petit prince capricieux – mais je suppose que c’est, dans une certaine mesure, une habitude, depuis l’arrivée de la politique de l’enfant unique. Ensuite, il m’emmène en ville pour me présenter les endroits à connaître : la poste, le commissariat, le centre commercial, etc. Croyant me faire plaisir en me proposant des produits bien connus des Occidentaux, il veut m’inviter au Mc Donald’s. Je refuse poliment son offre : « Duibuqi, wo puchi zai meiguo fandian. » Ayant boycotté ce lieu de perdition depuis des années en Europe, ce n’est tout de même pas dans un pays communiste que j’allais y céder !

M. Liu ne lira pas ce blog, mais je voudrais tout de même le remercier sincèrement pour son aide. Sans lui, je serais encore en train d’errer dans l’aéroport. Je lui dois beaucoup mais devrai attendre de maîtriser mieux la langue pour pouvoir le remercier comme il se doit.

26 agosto

AGRICULTURE : COLLECTIVISATION OU DECOLLECTIVISATION ?

Surprise dans le Renmin Jibao (Quotidien du Peuple, premier quotidien de Chine) de ce matin. On nous apprend qu’un système de « gestion collective » a été lancé dans le domaine de la sylviculture et que les résultats comblent tous les espoirs promis par cette réforme. Ces résultats ? Une productivité accrue, un meilleur contrôle du travail et une augmentation du niveau de vie des travailleurs.

On a toutefois quelque peine à comprendre dans quel sens va le mouvement en Chine… Mao avait créé les communes populaires, s’inspirant du modèle soviétique des kolkhozes, et lancé un grand mouvement de collectivisation. Pour différentes raisons, on avait conclu par la suite que ce modèle n’avait pas porté ses fruits et Deng Xiaoping avait rectifié le tir par une décollectivisation progressive de l’agriculture. Aujourd’hui, qu’en est-il ? On nous parle d’une néo-collectivisation chinoise mais ce terme semble cette fois recouvrir une réalité différente de la précédente : il ne s’agit plus de mise en commun des moyens de production mais de gestion commune des ressources ou plus exactement d’un partage de cette gestion entre les producteurs et l’Etat.

Voici la dépêche de l’agence Xinhua dans sa version complète :

NANCHANG, 26 août (XINHUA) -- La Chine va promouvoir, cette  année, la réforme de son système sylvicole basé sur la propriété  collective, dans le but de favoriser le développement sylvicole et d'apporter davantage de bénéfices aux paysans, a indiqué vendredi  à Nanchang Jia Zhibang, directeur de l'Administration d'Etat des  Forêts de Chine. Jia a fait cette remarque dans son discours prononcé lors  d'une conférence nationale sur la réforme du système sylvicole,  tenue dans la province du Jiangxi (est de la Chine), notant que  cette réforme à l'échelle nationale est nécessaire pour le  développement sain de la sylviculture et qu'elle prendra  probablement fin en 2010. Cette réforme vise à transférer aux paysans davantage de  droits d'exploitation, détenus actuellement par les gouvernements  locaux et les administrations locales des Forêts, a expliqué Jia. Après la réforme, les paysans deviendront les opérateurs de  forêts qui signent des accords de l'exploitation à long terme avec le gouvernement. En même temps, le droit de propriété des forêts  appartient toujours au gouvernement. Jia a dit que le droit d'exploitation permettra aux paysans  de s'engager de façon plus approfondie dans la plantation et  l'entretien des arbres et ils seront capables de gagner plus  d'argent. 

La réforme, menée à titre d'essai dans la province du Fujian( sud-est de la Chine) et la province du Jiangxi (est de la Chine)  au cours de ces dernières années, a stimulé les efforts des  paysans dans l'exploitation forestière et augmenté leurs revenus. Selon des statistiques, la région forestière a doublé en 2005  au Fujian après la réforme. Parallèlement, les revenus en  provenance des exploitations forestières des paysans de la  province du Jiangxi ont augmenté de 41% en 2005 par rapport à  l'année précédente. Tenant compte de la situation différente dans les diverses  provinces du pays, Jia a dit que les caractéristiques locales et  les conseils des paysans doivent être pris en considération dans  la réforme ainsi que les diverses solutions proposées. Jusqu'ici, l'administration avait mené des réformes à titre  d'essai dans les provinces du Fujian, du Jiangxi et du Liaoning ( nord-est), couvrant quelque 15 millions d'ha de forêts. 

Un nombre considérable des paysans chinois vivent dans des  régions montagneuses et leur vie dépend principalement de  l'exploitation forestière. Nombreux d'entre restent parmi les plus  pauvres en Chine. Des experts ont dit que cette réforme aidera ces paysans à se débarrasser de la pauvreté.

L’innovation et la mixité des modèles semblent être une spécialité chinoise depuis l’avènement de l’économie socialiste de marché. Ce qui tendrait une fois de plus à montrer que Deng Xiaoping, avec les réformes auxquelles il a donné naissance et dont certaines ne sont mises en œuvre qu’aujourd’hui, n’avait rien d’un Khrouchtchev chinois, contrairement à ce que répètent souvent les mauvaises langues et les triomphalistes libéraux. Si ce dernier, avec ses réformes désastreuses et ses opérations de décollectivisation forcée (on appelle ça du « révisionnisme soviétique » dans le langage maoïste, et ce n’est pas dénué de fondements) a conduit lentement l’URSS à son auto-anéantissement, la mutation chinoise, qu’on pourrait qualifier de « liberté sous contrôle » ou de « renforcement de la force publique par des apports privés » lui assure au contraire une place de choix sur l’échiquier géopolitique. Le gouvernement actuel fait à cet égard preuve d’une intelligence assez réjouissante, mais beaucoup de commentateurs occidentaux sont encore trop attachés à leurs préjugés anti-chinois pour l’admettre…

L'UNIVERSITE DE LANGUE ET CULTURE CHINOISE

 
L'Université de Langue et Culture Chinoise de Pékin est comme un grand village comprenant une quinzaine de cités universitaires, de nombreux bâtiments de cours, des terrains de sports, des aires de détente, des restaurants, des commerces, des banques, des réfectoires, etc. Son grand avantage est que c'est une zone très verte ; le temps y est aussi gris que dans le reste de la ville mais on y trouve beaucoup d'arbres, de jardins et d'étangs. Voici quelques photos que j'ai prises ce matin, vers sept heures.
 
Parmi les curiosités, je vous laisse admirer les magnifiques lotus en fleurs, la statue de Kong Zhi (Confucius) qui est décidemment revenu à la mode après une période d'effacement, et un restaurant musulman sponsorisé par Pepsi...
 

L’AXE DU MAL : UN GAGE DE SECURITE

Conversation entendue dans l’avion entre Genève et Londres :

Quel est, à votre avis, le critère qui détermine le plus les terroristes à prendre un avion pour cible ? La compagnie d’aviation ou le pays ?

Le pays, certainement.

Ainsi, nous ne prenons pas de risque particulier à voyager sur British Airways.

Mais nous en prenons en nous rendant à Londres.

Ne pensez-vous pas plutôt que c’est le pays de départ qui détermine les terroristes ?

Pourquoi cela ?

Parce que, statistiquement, par exemple, il y aura moins d’Anglais dans un avion de Genève à Londres que dans un avion qui part de Londres, surtout à l’époque des vacances.

Sauf s’ils rentrent tous en même temps du même pays.

Les terroristes ?

Non, les Anglais.

Il y a certainement, toujours statistiquement, plus de chances que les Anglais se déplacent massivement depuis chez eux en direction d’ailleurs, que l’inverse.

Donc, en ce qui nous concerne, nous n’avons rien à craindre.

Comment en êtes-vous si sûr ?

Parce que nous partons de Suisse, et que la Suisse n’est pas une des cibles prioritaires des terroristes islamistes.

Qu’est-ce qui vous fait croire cela ?

Micheline Calmy-Rey, notre ministre des Affaires étrangères, a fait un vibrant plaidoyer pour appeler à défendre le peuple libanais victime des bombes israéliennes…

…et elle a aussitôt été rabrouée par le reste du gouvernement qui y voyait une rupture de collégialité et une violation de la neutralité suisse. La position officielle de la Suisse n’est donc pas une position pro-libanaise.

Et vous pensez que cette neutralité pourrait nous faire considérer par les terroristes comme des alliés d’Israël ?

Qui n’est pas avec nous est contre nous. Et ça, on le dit des deux côtés.

Bon, de toutes façons, en allant en Chine, on est tranquille.

Pourquoi ?

Vous ne savez pas qui était l’invité d’honneur du dernier Sommet de Shanghai il y a quelques mois ?

Il y avait bien Poutine mais c’en est un membre permanent… Non, je ne vois pas.

Ahmadinejad, le président iranien.

Et alors ?

Réfléchissez : qui dit Iran dit ennemi mortel d’Israël, qui dit ennemi d’Israël dit Hamas, qui dit Hamas dit Hezzbollah, qui dit Hezzbollah dit Al Qaïda… Les ennemis de nos ennemis étant nos amis, la Chine n'a pas trop de souci à se faire.

Vous devriez faire de la géopolitique.

La conclusion de tout cela, c’est qu’il vaut mieux ne pas faire partie des pays ennemis de l’Axe du Mal, car c’est systématiquement sur eux que s’abattent tous les attentats. Je dirais même plus : le meilleur gage de sécurité, c'est de faire partie de l'Axe du Mal lui-même – visiter ses pays, voyager avec ses compagnies...

Ce n’est pas bête ce que vous dites. La prochaine fois que j’irai en Chine, j’essaierai de faire le trajet via Pyonyang…

LA VRAIE FRONTIERE : CELLE DES NUAGES

C’est enfin le jour du départ. Je quitte Genève à 07h45 et atterris peu de temps après à Londres où, comme de bien entendu, il pleut. Conformément aux nouveaux règlements anti-terroristes, rien ne passe qui ne soit identifié et catalogué : inspection des sacs, analyse électronique des ordinateurs, détection des clés et des téléphones, confiscation provisoire des ceintures et des chaussures, etc. Eathrow serait, si j’en crois ce qu’on en dit, le plus grand aéroport d’Europe. Par crainte de me perdre (ce qui est une de mes spécialités), je décide donc de rester dans le terminal 4, mais ce terminal a déjà à lui seul les dimensions d’un aéroport normal ! A l’intérieur, les boutiques de toutes sortes s’en donnent à cœur joie. Comme j’ai quatre heures à attendre ici, je pars à la recherche d’un journal francophone ; le seul, en vente dans tous les kiosques du terminal, est Le Monde. Faute de mieux, je l’achète et le parcours tout en m’empoisonnant avec un morceau de bœuf tel que seuls les Anglais en ont le secret. Mais comme je suis plutôt optimiste et que je me dis qu’un mauvais bœuf vaut toujours mieux qu’une bonne bombe, je garde ma bonne humeur et pars rejoindre mon avion.

Le vol quitte Londres à 12h50 et arrive à Pékin à 05h45 – à l’heure locale, c’est-à-dire avec un décalage de sept heures avec l’Angleterre et six heures avec l’Europe continentale. Ce n’est que la seconde fois de ma vie que je prends l’avion (la première, c’était le matin même) et je passe beaucoup de temps au hublot. Contrairement à beaucoup de gens, les nuages m’impressionnent davantage que les paysages. C’est extraordinaire de s’élever au dessus de ces masses blanches et flottantes, et de les contempler d’en dessus dans un ciel qui paraît presque trop bleu pour être vrai. Ce que je dis pourra sembler des banalités et mon admiration un enfantillage, mais ce n’est tout de même pas tous les jours que l’on assiste à de tels spectacles. Je parle pour moi bien sûr, car je vois partout dans l’avion des gens visiblement blasés et plus intéressés à regarder la télévision que la vue offerte par le hublot. En traversant la classe business, je m’aperçois que c’est encore pire : ici, les voyageurs, qui font peut-être ce trajet chaque mois, ont carrément pour certains baissé le store du hublot pour ne pas être incommodés par le soleil et ils pianotent sur leurs ordinateurs portables avec un air de grisaille qui décadre complètement avec l’azur dont ils se cachent. Ceux-là considèrent certainement leur pays de destination comme l’avion : un simple moyen, en vue d’une fin beaucoup plus triviale. Je n’en dirai pas plus.

Vers cinq heures, alors que le soleil se lève, le spectacle est renversant. Nous descendons lentement et approchons de ce que je crois être de gros nuages, jusqu’à ce que je me rende compte qu’il s’agisse de montagnes, émergeant elle-même des nues. Des montagnes typiquement chinoises telles qu’on en voit dans la peinture classique : escarpées, recouverte de verdures, liées entre elles dans de longues chaînes vallonnées. Je crois voir un tracé de pierre le long d’un col : serait-il possible que la Grande Muraille passe par là ? Je me renseignerai. Le ciel est encore sombre mais les cumulus sont mauves ; l’avion, qui est arrivé au dessus de Pékin et entame une série de cercles concentriques pour préparer son atterrissage, s’y enfonce, nous emmenant dans un voile léger à travers lequel filtrent les rayons du levant. Ce spectacle ne dure pas, car plus nous descendons et plus les nuages deviennent opaques et diffus. Bientôt, on ne voit plus le soleil, qui semble s’être retiré très haut, dans en endroit décidemment inaccessible, et nous descendons dans le Pékin du XXIe siècle, c’est-à-dire une des villes les plus polluées du monde.

Et ce qu’est le smog de Pékin, il faut vraiment l’avoir vu pour le croire. Le ciel blanc et épais, chargé de monoxyde de carbone, pèse comme une chape de plomb sur l’immense capitale de l’Empire. Il est impossible de déterminer s’il fait beau ou pas ce matin, et en fait, savoir le temps qu’il fait n’est plus une question pertinente ici car le temps ne change presque jamais : le smog, invariable dans sa stagnation, a remplacé la notion de climat. Lorsque je sors de l’avion, deux phénomènes m’assaillent immédiatement : la malpropreté de l’air ambiant et la chaleur. Car nous sommes en plein mois d’août et Pékin est une ville très tempérée ; la chaleur y est sèche (heureusement car l’inverse serait certainement pire) et assez étouffante. L’impression que j’ai en sortant de l’avion est d’avoir enfilé une paire de pantalons laissés trop longtemps sur le radiateur…

Au cours de la journée, j’aperçois une fois ou l’autre le soleil, très haut en dessus de nos têtes. Discret, à peine décoratif, derrière le voile nuageux, il brille d’une lueur rose ou orangée très esthétique, mais il n’éclaire que lui-même, un peu comme un lampion allumé en plein jour : joli en soi mais sans effet sur ce qui l’entoure. A vrai dire, on ne l’apercevrait pas que la lumière serait exactement la même : celle que, dans nos montagnes, on a l’habitude d’appeler le « jour blanc ».

Ainsi, en avion, si on voyage souvent dans une complète inconscience des pays que l’on traverse – nous avons survolé la Russie sans même le remarquer – les vraies frontières, celles qui frappent l’œil, celles qui séparent hélas bien souvent le monde céleste du monde humain, ce sont les nuages : le désert bleu et glacial est en dessus et nous vivons en dessous. Et, comme nous venons de le voir, cela n’est pas toujours dû aux caprices de la météo…

22 agosto

LES GRANDES IDEES SE COTOIENT

Plus que trois jours avant mon départ. Assis sur la terrasse du Chauffage Compris, bar bien connu des Neuchâtelois, je lis Le Temps d’aujourd’hui. Au bas de la page 23, côte à côte, je découvre deux titres évocateurs : à gauche « Campagne pour inciter les ados à la prudence » et à droite « La censure s’accroît en Chine ». Deux sujets sans rapports, vraiment ? Voyons de quoi il est question.

Dans le premier article, on nous apprend que face aux dangers courus par les plus jeunes internautes, dangers liés notamment au visionnement de sites pornographiques et à la pédocriminalité, l’ONG Action Innocence a décidé d’agir. Elle mène une campagne-choc pour inciter les parents à prendre conscience des risques liés à l’utilisation d’Internet :

« La campagne menée par Action Innocence a pour but d’inciter les parents à dialoguer avec leurs enfants et leur propose quelques règles de conduite. Avertir l’enfant de ne jamais donner son nom et son adresse, de ne pas diffuser ses photos sans protection sur la Toile, et de ne jamais répondre à un rendez-vous fixé par un internaute ; placer l’ordinateur dans une pièce commune au reste de la famille plutôt que dans sa chambre. »

Et ces conseils de base ne sont pas fortuits, semblerait-il, car le constat de la situation est alarmant :

« Selon l’organisme international Innocence en Danger, qui lutte contre la pédocriminalité, un tiers des enfants qui utilisent Internet ont fait l’objet de sollicitations sexuelles lors de leur navigation sur le web […] 34% ont été confrontés à des contenus choquants. »

Une campagne qui tombe sous le coup du bon sens, donc, et que nous ne pouvons que soutenir.

Le deuxième article traite d’un autre sujet : la censure de l’Internet en Chine, une mesure technique qui aurait tendance à se renforcer ces derniers temps. Parmi les portails tolérés par le Parti, le communiqué parle d’une « dizaine de portails basés à Pékin qui se sont engagés à censurer les contenus "malsains" recouvrant des sujets sensibles. »

Maintenant, réfléchissons deux minutes : l’un des deux articles ne devrait-il pas nous faire réfléchir sur l’autre ? On peut se réjouir qu’une organisation privée, constituée certainement d’humanistes et – je l’espère – de quelques généreux donateurs, se mobilise pour lutter contre la pédocriminalité sur Internet, certes, mais ne serait-ce pas plutôt le rôle de l’Etat ? Car enfin, un Etat qui tolère que des individus aussi pervers que peuvent l’être les pédophiles utilisent Internet pour recueillir des informations sur des enfants et prendre contact avec eux dans le but que l’on sait, un Etat qui sait que cela a lieu sur son territoire et qui ne fait rien peut-il porter encore le nom de gouvernement ?

Le voisinage de ces deux dépêches semble donc providentiel (voir photo). Elle aura peut-être mis la puce à l’oreille de certains lecteurs qui commenceront peut-être à se dire que la censure, ça peut avoir du bon. Comme quoi les grandes idées de côtoient parfois, et j’ose espérer qu’un jour viendra où nous comprendrons que la sécurité de nos enfants vaut plus que l’hypothétique liberté qu’on cherche à nous vendre depuis quelques années à toutes les sauces…

 

19 agosto

FÊTE DU DEPART

 
Je remercie tous mes amis présents hier lors de la petite fête que j'ai organisé chez moi pour fêter mon départ en Chine. Cela m'a fait très plaisir de pouvoir vous revoir une dernière fois et pouvoir un peu parler français avant de me plonger dans les affres du mandarin...
 
Mais je ne suis pas sûr d'être le seul à m'être réveillé avec la migraine ce matin...
 
Donc merci à Min Min, Lily, Yiqi, Sarah, Elisabeth, Gladys, Philippe, Manu, François, Rob, Raphaël, Quentin, Aliocha, Raoul, Simon, et à tous ceux qui n'ont pas pu venir. J'essaierai de garder quelques contacts avec vous par voie numérique.
 
Merci aussi à Laure-Anne, qui n'était pas là, mais qui m'a offert il y a quelques temps ce fameux cigare de la Havane (roulé sur cuisse, comme il se doit) que nous avons allumé hier soir à la santé de Castro (qui en a bien besoin ces derniers temps).
 
 
17 agosto

ALAIN SORAL NOUS PARLE DU DALAÏ-LAMA

Pour la route, un petit texte du polémiste français Alain Soral, tiré de son Abécédaire de la Bêtise Ambiante (Editions Blanche, 2002). Soral nous y parle du Dalaï-lama et de la stratégie médiatique qui s’articule autour de lui et de la cause tibétaine, orchestrée par les détracteurs occidentaux de la Chine. Le texte ci-dessous n’engage que son auteur et nous ne reprendrions pas à notre compte toutes ses affirmations, mais il s’agit d’un libre penseur qui gagne à être connu.

Parce qu’un mec qui a du temps à perdre à discuter des heures avec Richard Gere, Isabelle Adjani ou Séverine Ferrer est forcément un con.

Parce que pour le un million trois cent milles tibétains qui vivent au Tibet, la modernisation imposée par les Chinois contre l’obscurantisme théocratique lamaïque n’est pas forcément un mal.

Parce qu’un rationaliste laïc a le droit de ne pas voir dans le Dalaï-lama la quatorzième réincarnation du Boddhisattva de la compassion, mais un ramollis en pataugas au bla-bla lénifiant à côté duquel l’Abbé Pierre fait figure d’intellectuel.

Parce que l’association France-Tibet et la communauté tibétaine en France et ses amis ont un comportement de secte.

Parce que le Dalaï-lama n’est le pape que d’1% des bouddhistes du monde, et parce que le bouddhisme tibétain (véhicule de diamant) est à la fois le plus tartuffe et le moins spirituel (le plus empreint de magie) des trois bouddhismes historiques.

Parce que le bouddhisme est, de toutes façons, une sagesse individualiste, égoïste (pas d’équivalent bouddhiste de la Croix Rouge ou du Croissant Rouge) qui ne débouche sur aucune solution aux problèmes concrets actuels (les inégalités dues à l’exploitation économique).

Parce que la plus grande communauté des bouddhistes vivent en Chine, nullement persécutée, et que les Tibétains doivent le meilleur de leur bouddhisme lamaïque au Chinois Tsong-Kha-pa.

Parce qu’avant d’être convoitée par la Chine, le Tibet était sous domination anglaise, et qu’un impérialisme n’a fait qu’en chasser un autre (le Dalaï-lama ayant toujours été pro-anglo-saxon tandis que son alter-ego, le Panchen-lama, était pro-chinois).

Parce que si l’obscurantisme religieux du lamaïsme tibétain fait rêver les cons avides d’exotisme ici, ces mêmes cons ne verraient pas du tout du même œil une France soudain replongée dans le Moyen Age et le pouvoir des moines.

Parce que les Tibétains qu’on entend ici sont toujours les 80'000 nantis de la diaspora sponsorisée par les pires droites occidentales pour leur anti-communisme viscéral, et rarement les Tibétains qui vivent et travaillent au Tibet.

Parce qu’un Prix Nobel de la paix ne prouve rien, puisqu’on a pu en décerner un à Henry Kissinger.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres, que j’invite le lecteur à aller chercher lui-même en lisant simplement les différents articles consacrés au Tibet, au lamaïsme et au bouddhisme dans les diverses encyclopédies où la complexité du problème n’est pas occultée par sa médiatisation grossière – j’emmerde le Dalaï-lama et tous les bouddhistes de pacotille avec lui !

A lire du même auteur aux Editions Blanche : Sociologie du Dragueur, Vers la Féminisation, Socrate à Saint Tropez, Misère du Désir, Chut(e) : Eloge de la Disgrâce.

voir également le site d’Alain Soral

LA REGLEMENTATION CHINOISE D’INTERNET

En guise de complément au texte précédent, je publie ici un extrait d’un article que j’avais écrit en janvier dernier sur le site de la Jeunesse SolidaritéS. J’y évoquais la législation en vigueur en Chine en ce qui concerne le contrôle étatique d’Internet. Un modèle à suivre à mon avis. Ce texte m’a valu plusieurs critiques acerbes des bobos habituels, mais les vrais socialistes ne manqueront pas, je l’espère, d’abonder dans mon sens.

A l’heure où, sauf de rares exceptions, on a cessé de s’offusquer de l’extension de la pornographie à des domaines appelés pudiquement « marginaux » (je rappelle que la scatophilie est tolérée par le droit suisse et que la zoophilie est également présentable sur Internet en toute impunité), à l’heure où on s’est fait à l’idée que les jeunes avaient accès bien avant leur majorité aux produits pornographiques (il y a juste les caissières de kiosques à journaux qui s’insurgent pour la forme et parce que c’est les ordres, mais il faut croire que le reste du monde s’en fout), il faut vraiment aller très loin pour faire se réveiller les juges et les médias.

Vous pouvez dégradez l’image de la femme tant que vous le souhaitez (si vous êtes publicitaire), vous pouvez diffuser sans censure des images de fientes, de vomissures et de dégradations humaines (si vous travaillez à Jackass), vous pouvez librement faire l’éloge du libertinage (si vous êtes Catherine Millet), du partouzage (si vous êtes Thierry Ardisson) ou de la pédophilie (si vous êtes Daniel Cohn-Benditt) ; non seulement vous pouvez le faire sans obstacle, mais c’est en plus un moyen infaillible pour qui veut prendre sa place dans la course au profit. Il faut vraiment que vous dépassiez les bornes mêmes de la décadence bourgeoise (car elle en a tout de même quelques unes) et que vous alliez jusqu’à l’homicide en bonne et due forme pour que les cours de justice recommencent à s’agiter.

Il y a quelques semaines, Samuel Schmid, représentant la Suisse au Sommet Mondial sur la Société de l’Information, adressait un vibrant plaidoyer à son hôte tunisien, en vue de plus de liberté d'expression, pour l’appeler à relâcher le contrôle qu’il exerçait sur Internet. Cet appel n’était pas infondé, il faut l’admettre, et il est aujourd’hui évident pour tous que la dictature tunisienne est une immonde tyrannie policière qu’il importe de voir tomber au plus tôt – je le sais particulièrement pour avoir rencontré il y a quelques années des dissidents tunisiens en fuite qui avaient été torturés et avaient évité la peine de mort de justesse suite à une action d’Amnesty International. Malheureusement, ce plaidoyer « humaniste » (si tant est qu’un conseiller fédéral UDC puisse être humaniste) a un goût plutôt amer si on regarde honnêtement quel usage nous avons fait de cette liberté d’expression et comment Internet, dans les démocraties occidentales, est devenu en peu de temps une déchetterie informe, une décharge vérolée et purulente, une affreuse basse-cour des miracles donnant la vedette aux pires perversions qui aient pu être conçues par l’âme humaine dans ses moments les plus noirs.

Cette leçon moralisante sur la liberté d’expression, si elle a été faite à juste titre à l’infâme Ben Ali, dictateur de Tunisie, a été aussi faite à la Chine à qui on adressait le même reproche : oser avoir l’outrecuidance de vouloir exercer un contrôle étatique sur Internet. Avant de se voiler en chœur la face derrière les Droits de l’homme, il faut tout de même savoir une ou deux choses sur la Chine. Ce pays compte 94 millions d’internautes, ce qui est énorme (et révélateur de l’avancée du développement durant ces dernières années), et ce qui justifie déjà en soi la nécessité d’une réglementation. Le Parti Communiste Chinois a adopté au cours de cette année la directive suivante :

« Nous avons besoin de mieux réguler les services d’information sur le Net en raison de la prolifération importante d’articles malsains qui pourraient induire en erreur le public. »

Horreur ! Ces sauvages ont osé suggérer que quelque chose pouvait être « malsain » ! Ils ont osé prétendre que tout ne se vaut pas – crime de lèse-relativisme triomphant ! Ils ont osé affirmer un jugement de valeur – crime de lèse-pensée unique ! On commence à comprendre pourquoi nos petits-bourgeois occidentaux, qui ont bâti leur fortune sur la dégradation morale de leurs concitoyens, font la grimace…

Un article du Asia Times Online, journal de Hong Kong, nous explique la chose suivante:

« Un rapport d’Open Net Initiative [organisme créé par plusieurs universités, dont Harvard et Cambridge, qui analyse les censures étatiques sur le Net] portant sur le filtrage opéré par la Chine fait état d’un système de surveillance particulièrement sophistiqué, associant contrôles informatiques et pressions auprès du public. L’accès à certains sites est bloqué par intermittences, tandis que d’autres sont accessibles, mais certaines recherches par mots-clés y sont filtrées. En outre, les autorités provinciales et locales emploient du personnel pour surveiller les courriers électroniques et les forums de discussion à contenu sensible. L’auto-censure est encouragée par le biais d’une myriade de réglementations faisant porter la responsabilité à l’utilisateur, depuis les fournisseurs de contenus et de services Internet jusqu’au simple abonné, en passant par les cybercafés et les concepteurs de sites. Les entreprises sont obligées de souscrire un engagement d’auto-régulation. »

Intéressant, n’est-ce pas ? Plutôt que de faire les sainte-nitouches, nous ferions mieux d’y réfléchir à deux fois. En attendant, la Chine est pratiquement parvenue à éradiquer la pornographie numérique de son territoire, et peu de pays peuvent en dire autant. Pourquoi n’y parvenons-nous pas quant à nous ? D’une part, parce qu’il n’y a pas de réelle volonté politique de réglementer Internet (trop d’intérêts économiques sont en jeu), et d’autre part, parce que l’Etat-type occidental a capitulé depuis longtemps devant le marché, et qu’il est actuellement dans la quasi-impossibilité d’intervenir sur quoi que ce soit qui touche aux conditions de vie de son peuple, c’est-à-dire de faire son travail. Pensez donc, s’il lui prenait l’envie saugrenue – par exemple – de bloquer les serveurs de sites de vidéos violentes sur le territoire suisse, les patrons le traiteraient de tyran et monteraient aussitôt aux barricades ! Chez nous, vous le savez, on ne rigole pas avec la «démocratie »…

Je pense hélas qu’il faudra encore bien des faits divers et des crises sociales pour qu’un véritable débat citoyen puisse être entamé sur la question et pour que les pouvoirs publics reprennent enfin leurs responsabilités. A l’heure où les juges sont tenus en laisse par les flics et les flics par les patrons de multinationale, ce ne sera pas chose facile, mais un moment viendra où les autorités judiciaires et politiques comprendront qu’à un certain stade de dégradation de la moralité ambiante et des rapports humains, c’est leur propre existence qui sera devenue invivable. Ce jour-là, ils comprendront peut-être, comme dit le slogan, que le libéralisme n’est pas la liberté…

pour lire la version complète de cet article dans son contexte d'orogine, cliquer ici .

FLIRT AVEC LE FILTRE

Derniers jours avant mon départ. L’occasion de me poser sur une terrasse au soleil et de faire cette chose qu’on apprécie tellement dans notre région de tradition française : prendre un café et éplucher la presse. C’est une de mes activités poussives de prédilection, et j’en serai privé assez longtemps à Pékin, du moins aussi longtemps que mes connaissances en chinois seront insuffisantes pour lire un quotidien simple.

J’ouvre L’Hebdo de cette semaine (la semaine du 10 août). Le titre, très racoleur, annonce : « Sexualité – les ados à l’école du porno ». Photos suggestives, témoignages de jeunes sous couvert de l’anonymat (témoignages d’archétypes évidemment, car le « jeune » est depuis longtemps devenu dans les médias une catégorie abstraite et formatée plus qu’un individu réel), conseils de médiateurs et psychologues, bref la totale. Le problème, quel est-il ? L’influence des produits pornos (films, revues, sites web) sur la conception et la pratique de la sexualité chez les adolescents. D’un point de vue sociologique, la question ne manque pas d’intérêt.

On y apprend, au cas où on ne le saurait pas, que la pornographie est aujourd’hui présente partout dans notre environnement : implicite dans l’espace public et clairement exhibée dans des espaces privés qui le sont de moins en moins et auxquels, grâce au développement technologique, chacun peut accéder très facilement. Le principal facteur de ce relâchement, une fois de plus, est Internet. On parle de films pornos téléchargés sur des téléphones portables, échangés et diffusés dans les cours de récréation. On parle également des conséquences supposées de ce libre accès dans la pratique sexuelle des jeunes : précocité des rapports, schémas phallocrates, réification de la femme, augmentation statistique du nombre de viols, dévalorisation du « sexe sentimental », généralisation des pratiques « marginales », et autres désagréments qui pourraient bien prendre l’ampleur de phénomènes sociaux si rien n’est fait. Et puis viennent les témoignages et les cas concrets : gâteries prodiguées dans les toilettes d’écoles par des fillettes de douze ans, pratique du sexe collectif par des protagonistes de quelques années de plus, banalisation de l’éphémère, de l’infidélité et d’une conception égoïste de la relation – avec toujours, en arrière fond, l’idée hédoniste propre à nos sociétés libérales du « Je veux tout tout de suite ».

Article un peu racoleur, donc, mais réflexion nécessaire. Les remèdes à cette crise ? Les journalistes en proposent quelques uns, dont certains concernent l’usage d’Internet et sont purement techniques, comme celui-ci :

« Installez un filtre. Cela ne résoudra pas tous les problèmes mais réduira les risques de tomber par accident sur un site inadéquat. Certains navigateurs offrent cette possibilité. Vous pouvez aussi en télécharger gratuitement ou en acheter. »

Tiens donc, un filtre, voilà longtemps qu’on n’en parlait plus et que le sujet, pour tout dire, était presque tabou ! Pourquoi ? Parce que filtrer, c’est limiter l’accès, c’est restreindre la liberté (et on sait que selon nos grands penseurs libéraux, toute restriction ou limitation de quoi que ce soit ne peut être qu’arbitraire), et cela, c’est quelque chose d’inconcevable dans une société qui se veut « ouverte ». D’ailleurs, regardez, tous les pays qui auraient mis en place des filtres sur Internet sont tous d’obscures dictatures… La Chine, par exemple.

Voilà où je voulais en venir et voilà pourquoi cette réflexion s’inscrit dans la thématique de ce blog. Le gouvernement chinois, moins hypocrite et angéliste que bien des nôtres, ou peut-être simplement plus préoccupé de la moralité publique, a compris qu’on ne peut pas raisonnablement laisser proliférer dans la population des produits aussi dégradants et nauséabonds que ceux dont l’industrie pornographique nous inonde quotidiennement. Mais vous aurez certainement remarqué que sous nos latitudes, le terme « moralité publique » fait peur et est à bannir du vocabulaire ; prononcez-le en public et vous verrez vos interlocuteurs se raidir en croyant entendre des bruits de bottes à leurs portes… C’est une des nombreuses choses que nos régimes libéraux, avec leur credo du « moins d’Etat », ont oublié : le rôle de l’Etat ne se limite pas à un travail de gestionnaire, il doit également se préoccuper de différents équilibres au sein de la population – équilibres sociaux avant tout, certes, mais pas uniquement. L’ « harmonie » dont le président Hu Jintao a fait son maître mot n’est pas qu’une notion socio-économique, elle est plus englobante que cela.

Il est regrettable que les dirigeants occidentaux ne se sentent pas concernés par ce problème et se fichent éperdument que leurs enfants soient élevés à l’école de la perversion marchandisée, mais il est rassurant de voir que des médias dominants tel que L’Hebdo remettent par moments en cause ce laisser-faire et se disent que peut-être, l’installation de filtres ne serait pas un mauvais moyen pour protéger nos jeunes d’influences nuisibles. De là à se référer explicitement au modèle chinois, il y a un pays que le journaliste se gardera de faire, certes – nous sommes tout de même dans le journal où Guy Sorman, cette semaine encore, lance une nouvelle salve via son blog contre ce même contrôle étatique chinois – mais au moins, il y a de l’espoir.

J’ajouterais que les penseurs les plus jeunes, ceux entre vingt et trente ans, se rendent compte généralement avec plus de lucidité que leurs aînés des phénomènes sociologiques qui ont cours chez leurs petits frères, et développent souvent des réponses plus réalistes, moins soixante-huitardes (l’éducation libertaire a suffisamment fait les preuves de son échec, je crois) et n’ont pas peur, contrairement à leurs parents, de se faire traiter de réactionnaires. Car ils savent qu’une étiquette a moins d’importance que la préservation des générations à venir. Et ils ont bien raison.

15 agosto

SUR LE CHEMIN DE L’EMPIRE : L’ESCALE BRITANNIQUE

Un voyage en Chine est quelque chose qui se prépare bien à l’avance et qui demande de bons nerfs surtout si, comme moi, vous êtes allergique à la bureaucratie. Et je parle de la suisse, car je n’ai pas encore eu l’occasion de faire les frais de la chinoise, qui, paraît-il, est plus complexe encore. Il est dans la nature des administrations, surtout dans les états d’urgence, de donner naissance à des cercles vicieux très originaux, nous faisant courir au dernier moment de bureau en bureau à la poursuite d’un formulaire ou d’une signature, un peu comme dans le célèbre épisode de la Maison des Fous des Douze Travaux d’Astérix

Ainsi, pour obtenir le visa, duquel tout mon voyage dépend, je devais attendre que l’Université m’envoie son invitation et que le gouvernement chinois me fasse parvenir le formulaire de demande de visa. Mais cette année, les fonctionnaires chinois étaient en retard, et le précieux formulaire n’est arrivé que début août, au grand dam des étudiants et de la CRUS qui assurait la transition entre le stress des premiers et la panique des seconds… Sur ledit formulaire, il faut indiquer la date d’entrée exacte en Chine, condition nécessaire pour obtenir le visa. Mais comment connaître cette date sans avoir encore de billet d’avion ? Et comment acheter le billet sans connaître la date de la rentrée universitaire à Pékin ? Cette date m’étant enfin parvenue avec l’invitation de l’Université, j’ai pu évaluer la période adéquate pour mon arrivée et commander un billet d’avion en fonction. Mais à l’agence, on me fait savoir qu’il serait plus prudent d’avoir le visa avant d’acheter le billet, car en cas de refus de visa ou de retard, le billet ne sera pas remboursé…

Les fonctionnaires de l’ambassade chinoise à Berne, quant à eux, ne sont pas des plus serviables, et alors qu’il est spécifié qu’on ne peut faire sa demande qu’après avoir pris rendez-vous, ils ne répondent jamais au téléphone et ne sont ouverts que trois heures par jour… Arrivé enfin à l’ambassade, avec trois jours de retard et sans rendez-vous, on me renvoie dans un centre commercial à l’autre bout de la banlieue bernoise pour faire la photocopie d’un document qu’on refuse de me faire sur place et dont j’ai besoin pour compléter ma demande de visa. Ayant eu la mauvaise idée de faire renouveler mon passeport au milieu de la procédure, il faut corriger tous les documents officiels qui indiquent un numéro de passeport qui n’est plus valide… Bref, partir en Chine, ça se mérite.

Une fois les plus gros problèmes réglés, j’achète mon billet d’avion : départ de Genève le 24 août sur un vol de British Airlines avec un changement à Londres. Le lendemain, manque de chance, je découvre dans le journal que Londres est en état d’alerte après avoir déjoué une attaque terroriste mettant en scène plusieurs avions. Les terroristes, pour autant qu’ils aient vraiment existé, seraient des islamistes. Evidemment. Résultat : aéroports en état d’alerte, annulation de vols, mobilisation policière et fouilles au corps généralisées avec toutes les tracasseries qui vont avec. L’agence décide alors, par prudence, d’avancer mon vol quelques heures plus tôt pour me permettre de me faire palper en toute tranquillité par la flicaille britannique sans risque de rater ma correspondance.

Je ne vais évidemment pas faire de cet événement une affaire personnelle, ce serait une attitude égotiste et déplacée, mais j’avoue que je ne suis pas spécialement enthousiaste à l’idée de faire les frais de la politique irresponsable de M. Blair – et la plupart des citoyens anglais doivent se dire la même chose. En effet, ce doit tout de même être rageant de ne plus oser prendre le métro ou l’avion dans son propre pays parce que le Caniche de Washington a décidé de se lancer dans la guerre d’Irak et de faire dans les médias du monde entier des déclarations stupides qui provoquent à la fois la honte et la peur de ses concitoyens. Les terroristes islamistes sont inexcusables, je ne reviens pas là-dessus, mais il n’y a pas de fumée sans feu, et la responsabilité de ceux qui ont ouvert la poudrière n’est pas moindre que celle qui l’ont allumée. Il semblerait de plus qu’en pleine guerre du Liban – de guerre, que dis-je ? de massacre – cette alerte tombe plutôt bien, elle redore le blason des génocideurs sionistes et de leurs complices américains.

Pour quelqu’un qui n’est jamais sorti d’Europe et qui n’a jamais pris l’avion de sa vie, vous comprendrez que tout ça commence à faire lourd…

14 agosto

LES RAISONS DE MON VOYAGE

Mon intérêt pour la Chine est né il y a quelques années de cela d’une rencontre avec le célèbre homme de lettres Armand Gatti, invité quelques jours à Neuchâtel par des étudiants de mon université. Armand Gatti, metteur en scène, poète et cinéaste, est également un grand spécialiste de la Chine, pays dans lequel il a vécu à plusieurs reprises et qu’il a beaucoup étudié au cours des dernières décennies (il a maintenant plus de quatre-vingt ans). Il a notamment très bien connu le président Mao, avec qui il entretenait de bons contacts et qui l’a plusieurs fois reçu personnellement. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet et enseigne aujourd’hui encore le chinois en banlieue parisienne. A titre d’introduction très générale, je vous conseille son livre Chine paru dans la collection Petite Planète chez Seuil en 1956.

A la suite d’une de ses conférences, j’ai pu avoir un long entretien avec lui au sujet de la Chine qui a résolument allumé ma curiosité pour ce pays. Dès ce moment, j’ai dévalisé les bibliothèques et les librairies et ai lu un grand nombre d’ouvrages sur la Chine, surtout dans le domaine de l’histoire, et plus spécialement de l’histoire moderne. L’actualité m’y aidant, je me suis ensuite intéressé à des questions d’économie, de géopolitique et de sociologie touchant à l’actualité de ce grand pays.

Une chose en entraînant une autre, j’en suis venu à m’intéresser à la langue chinoise, à la fois pour des raisons instrumentales (son apprentissage était pour moi une condition sine qua non si je voulais un jour aller en Chine) et parce que je la trouvais extrêmement belle et plaisante, comme j’avais pu m’en faire la réflexion en regardant des films chinois (je suis très amateur de cinéma asiatique et ai quelques connaissances dans ce domaine). J’ai pris alors contact avec plusieurs Chinois vivant ou résidant à Neuchâtel pour leur demander des cours de langue, que je payais en nature, c’est-à-dire en leur enseignant le français en retour. A côté des leçons, je poursuivais mes lectures personnelles, suivais l’actualité chinoise (notamment grâce aux journaux chinois on line), visitais quelques expositions d’art chinois et continuais de m’instruire sur les différentes facettes de cette culture.

En dehors des cours de l’Université à Pékin, je n’ai pas (encore) de projet particulier à faire valoir, mais je souhaiterais faire, à titre personnel, un certain nombre de recherches historiques et d’observations sociologiques en vue de l’écriture d’un livre. Je ne peux pas ici en préciser davantage la thématique, car cela dépendra de ce que j’apprendrai sur place, et je souhaite partir sans présupposé de quelque sorte que ce soit. Il est toutefois certain que j’en reviendrai avec un texte, car je ne sais pas exactement ce que je trouverai dans ce pays, mais je sais qu’il y aura de toutes façons quelque chose à en dire. Ce blog est, en quelque sorte, la première pierre.

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas l’ambition, comme beaucoup d’Occidentaux aujourd’hui, de partir en Chine pour faire fortune et profiter des opportunités économiques actuelles. Mon intérêt pour ce pays, qui a pris peu à peu la forme d’une véritable passion, est surtout culturel et procède d’une certaine gratuité – et c’est en cela que je me permets de parler de passion. Un peu dans la même démarche qu’Armand Gatti, je suis attiré par la Chine sous l’effet de ma curiosité et d’une certaine connivence que je crois avoir avec l’esprit de ce peuple.

Ceci étant dit, passons à la pratique.

PRESENTATION DE CE BLOG

Bienvenue sur ce modeste blog d’un voyageur inexpérimenté. Je souhaite ici tenir le journal d’un séjour de près d’une année que je vais entreprendre à Pékin d’ici quelques jours.

Etudiant autodidacte en langue chinoise résidant à Neuchâtel (Suisse), j’ai eu la chance de recevoir une bourse de la Conférence des Recteurs des Universités Suisses (CRUS) pour étudier dix mois dans la prestigieuse Language and Culture University of Beijing, une des meilleures écoles de chinois du monde. De mi-août 2006 jusqu’à juillet 2007, je vivrai donc à Pékin pour étudier et découvrir cette mégapole qui s’affirme déjà comme la nouvelle Rome de la planète.

Outre ma formation linguistique, j’en profiterai pour faire connaissance avec la culture locale et vous entretenir de mes découvertes et réflexions. Si le temps et les conditions techniques sur place le permettent, je m’engage à tenir ce blog à jour au moins à un rythme hebdomadaire. J’y traiterai principalement des questions qui m’intéressent le plus : culture, sociologie, histoire, politique, mœurs ainsi que les expériences personnelles qui ne manqueront pas d’émailler mon séjour. Vous aurez la possibilité de réagir librement (du moins aussi librement que la législation chinoise le permet) dans ces pages, de me poser vos questions et de me soumettre vos critiques ; j’y répondrai dans la mesure du possible.

Vous comprendrez que pour certaines sujets un peu délicats, je ne puisse éviter quelquefois l’emploi de périphrases et d’euphémismes : il y a des mots qu’on ne peut pas prononcer partout et je n’entends pas me soustraire à cette bienséance. En effet, en temps qu’étranger, l’attitude que je compte avoir, sur Internet et en dehors, est pour moi très claire : je me soumettrai aux lois et ne chercherai pas à provoquer ni à heurter la sensibilité autochtone. Beaucoup d’autres étrangers, notamment parmi les investisseurs et les conquérants des marchés, n’ont pas compris cette élégance élémentaire et se comportent en vrais colons : ils en font aujourd’hui les frais et ce n’est que justice, car la Chine n’est plus ce pays sous-développé qu’on peut exploiter à sa guise sans prendre de gants – elle est désormais un marché régulier ou, conformément à la logique « gagnant-gagnant » (win-win) mise en place par l’économie socialiste de marché, on traite les affaires d’égal à égal, selon un contrat bien défini. Mon contrat, tout implicite qu’il soit, sera respecté : je me plierai aux règles locales, car je ne suis pas venu ici en touriste mais en découvreur. Lorsqu’on s’engage comme moi à vivre un an seul dans un monde si différent, on cherche avant tout à s’intégrer, et les migrants du monde entier feraient bien de se soumettre à la même éthique.

Mais avant toutes choses, je dois me présenter. Jeune Suisse de vingt-trois ans, étudiant en philosophie et en français, sinologue amateur et passionné par ce pays, spécialement par son histoire moderne. Assez actif sur la région de Neuchâtel, j’ai été secrétaire politique d’un petit parti marxiste de mon canton (je préfère annoncer tout de suite la couleur, car cela risque de se ressentir dans mes analyses) et j’ai exercé diverses activités de journalisme dans la presse et la télévision. J’ai également quelques activités dans les domaines littéraires et musicaux, mais cela ne concerne pas directement le travail que j’entreprends actuellement.

Je ne tiens pas à parler de ma vie privée, mais je dois préciser que je partage ma vie avec une jeune Chinoise, Yiqi, et que je lui dois beaucoup dans l’acquisition de mes maigres connaissances de chinois et de ma modeste connaissance de cette civilisation. Je tiens à lui rendre hommage et à lui transmettre ici mes meilleures pensées. Je l’abandonne en Suisse quelques mois, où elle se prépare pour des examens universitaires de français, mais si elle les réussit, elle me rejoindra à Pékin dans le courant du mois de novembre et viendra m’aider au sein des insurmontables difficultés dans lesquelles je me serai sûrement empêtré d’ici là…